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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 13:06

J'ai donné ici les quelques infos que j'ai pu glaner au sujet de Paul Ferniot, co-fondateur et co-directeur avec Paul Redonnel de la revue Les Partisans et des éditions de "La Maison d'Art".

Dans le numéro 2 de la revue en question, Ryner fit la critique du bouquin de Ferniot sur l'Inde. De ce même numéro, on a déjà donné le compte-rendu des Sciences Maudites, sous la direction de Jollivet-Castelot, Paul-Redonnel et Paul Ferniot


L'Inde, par Paul Ferniot

Voici un livre qui ne semble pas relever de ma critique puisqu'il y a aux Partisans une rubrique « histoire et géographie. » Mais je réclame, envahisseur, des droits sur toute oeuvre en prose : je lirai tout volume nouveau à lignes égales qui me tombera sous la main, et j'en dirai mon sentiment.

Ce faisant, je ne gênerai pas les collaborateurs qui ont des rubriques spéciales. Eux, en leur qualité de spécialistes, se préoccupent surtout de la matière des ouvrages. Moi, je songe que l'art de bien dire s'applique à tout ce qu'on dit et qu'un traité d'algèbre même peut, lu d'une certaine façon, m'apprendre quelque chose sur celui qui l'a composé : je m'intéresse à la forme et à ce qu'elle révèle de l'esprit ou de l'âme de l'auteur. La matière m'est indifférente, en elle-même ; son choix seul peut me paraître caractéristique, et aussi la complaisance avec laquelle l'écrivain s'attarde à telle partie de son sujet ou l'énervement qui lui fait fuir telle région de son domaine. Sympathies et répugnances sont précieuses à définir une intelligence et une sensibilité.

Les spécialistes — je n'ai pas l'impertinence de borner leur empire, je constate seulement leur inévitable tendance — feront de la critique matérielle et objective ; je fais de la critique formelle et subjective. D'ailleurs, si quelquefois le voisin dit la même chose que moi, ou le contraire, en quoi la rencontre peut-elle le troubler ou me troubler ?

C'est un gros livre que l'Inde de M. Ferniot : six cent dix-neuf pages, d'un texte plutôt compact, et elles ne forment, ces six cent dix-neuf pages, qu'une première partie, ne traitent que de la géographie physique et politique. Un prochain volume nous dira : la géographie économique, l'agriculture, l'industrie, le commerce, les voies de communication et — voilà, sans doute, où je trouverai mon plaisir — les races, les religions et l'histoire de l'Inde.

Six cent dix-neuf pages de géographie physique et politique, j'ai eu peur tout d'abord. D'autant plus que — un sous-titre en avertit — ce sont ici « lectures de géographie et d'histoire ». Je me disais — et, sans que je m'en aperçusse, ma main faisait glisser le gros livre loin de moi, jusqu'à l'autre bout de ma table de travail, le faisait presque tomber — je me disais : « Encore un de ces effroyables recueils de morceaux choisis ! Et quelle excuse peut bien invoquer le coupable ? Il n'est pas universitaire et n'ira pas mendier, une lourde compilation à la main, un "avancement bien mérité". Pourquoi découpe-t-il des géographes dont il ne désire aucune apostille ?... De tels livres sont peut-être agréables à M. Cotteau et à Mme Ufjalvy-Bourdon qu'on y cite, mais combien ils sont terribles au pauvre lecteur qui, cahoté à chaque instant par le changement de style, n'a même pas la ressource de s'endormir... »

Je me trompais, j'ai lu sans fatigue et sans ennui. Les morceaux choisis sont presque tous intéressants et d'une juste étendue. Rarement ils se bornent à ces deux ou trois pages qui en font comme une secousse, comme le passage sursautant d'un rail à un autre.

L'histoire et l'anecdote tiennent une large place souriante. Des analyses et des résumés bien faits, œuvres d'un esprit clair, ennemi des brusqueries et du bric-à-brac, ménagent les transitions et réunissent les fragments en groupes naturels. Des notes et notices explicatives portent la lumière clans les recoins obscurs. Et de nombreuses gravures sont là, de place en place, tremplins pour le rêve.

M. Paul Ferniot, qui a parcouru l'Inde, connaît et aime son sujet. II est un compagnon de voyage agréable, instruit et qui rendrait intéressante même une contrée moins attirante et moins originale.

Quelque géographe détaillera sans doute avec amour la richesse documentée de ce gros volume où pas une page n'est oiseuse. J'ai voulu seulement dire l'inattendu plaisir que j'y ai pris et aussi la rancune que je garde à l'auteur. On ne revient pas sans nostalgie d'une telle excursion : cette nature puissante et ces monuments énormes, tout ce gigantesque stupéfie d'admiration, paralyse, empêche de goûter la petite vie à laquelle nous sommes condamnés. Me voilà pour plusieurs jours incapable de tout travail et de tout plaisir, perdu en des rêves, roulé et anéanti par les eaux ingouvernables et immenses du Gange.

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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 21:15

Sur Livrenblog*, on a récemment pu découvrir un choix d'illustrations tirées de l'ouvrage paru en 1900 aux éditions de "La Maison d'Art" : Les Sciences Maudites, sous la direction de Jollivet-Castelot, Paul Ferniot et Paul-Redonnel.

Paul Redonnel et Henri Ner s'étaient connus à Paris vers le milieu des années 1890 dans les milieux méridionaux. Redonnel alors secrétaire de La Plume avait introduit Ner dans cette revue, où celui-ci publia son fameux feuilleton critique du Massacre des Amazones, dont la parution s'acheva abruptement sous la pression de certaines puissances littéraires à qui il avait déplu (si l'on en croit Ryner). Par la suite, c'est encore La Plume qui publia Le Crime d'obéir.

Le directeur de La Plume Léon Deschamps meurt en 1899. C'est Karl Boès qui lui succède, mais apparemment les divergences de vues avec Redonnel sont trop grandes. Ce dernier démissionne et fonde avec Paul Ferniot une nouvelle revue : Les Partisans, dans laquelle Ryner tiendra assidûment et d'abondance la rubrique littéraire des Proses. Une partie significative de Prostitués provient de ces articles. Le compte-rendu qu'on va lire n'a cependant pas été repris en volume. Il parut dans le numéro 2 du 20 novembre 1900.

Notons qu'une partie non négligeable des ouvrages critiqués par Ryner dans Les Partisans sont des productions de "La Maison d'Art" qui éditait cette revue ! Chose remarquable, Ryner ne verse pas forcément dans la critique de complaisance, comme on le verra ci-dessous (et comme on le verrait encore mieux dans pas mal d'autres compte-rendus écrits dans Les Partisans). L'appréciation sur la contribution de Paul-Redonnel est cependant fort élogieuse, et la question de savoir si l'admiration n'est pas quelque peu forcée par l'amitié reste à débattre...

Un mot sur Jollivet-Castelot. Il semble que Ryner et lui continuèrent longtemps à avoir de bons rapports. Notons que Ryner préfaça en 1914 une étude de Porte du Trait des Ages sur Jollivet-Castelot, ainsi qu'un ouvrage ou une brochure de Jollivet-Castelot lui-même sur L'Idée communiste (1922).

Enfin, au moins trois des artistes dont on peut voir les illustrations sur Livrenblog ne sont pas inconnus de nos services  ainsi Paul Cirou qui caricatura Ryner en pourfendeur d'amazones (cf. ici) ; ainsi Edmond Rocher qui illustra la couverture du Soupçon ; ainsi Mérodack-Jeaneau dont on a parlé ici...

*...qui a eu la gentillesse d'annoncer les p'tites brochures du blog HR — Merci à lui, et au bien chouette blog des Ames d'Atala itou, pour la même raison !


Les Sciences maudites, sous la direction de Jollivet-Castelot, Paul Ferniot et Paul-Redonnel (Edition de la "Maison d'Art")

Voici la première des « Monographies artistiques, littéraires et scientifiques » que nous promet la Maison d'art. C'est un bel in-8 avec couverture en couleurs et 183 illustrations, aquarelles ou dessins, les uns empruntés à de vieux livres introuvables, d'autres inédits et disant des talents bien vivants : tels Alexis Mérodack-Jeaneau, Louis Payret-Dortail, Léon Galland, Paul Cirou, Le Sidaner, Edmond Rocher. Mais ce n'est pas à moi qu'il appartient de dire la beauté extérieure du livre et combien les éditeurs peuvent en être fiers. Encore en dehors de ma compétence et de mon domaine, l'appréciation de la valeur scientifique de l'ouvrage. Je suis trop profane pour opiner raisonnablement sur des études intitulées : l'Occultisme contemporain en France, Magie et Sorcellerie, l'Astrologie, la Cabbale, l'Alchimie, Homunculus, la Médecine occulte, Dans l'Astral, Clairvoyance psychométrique, Causerie sur la Chiromancie, le Vingtième Siècle d'après les Prophéties, ou pour juger techniquement les célébrités de l'occultisme qui ont collaboré à cette monographie : Papus, le docteur Rozier, F.-Ch. Barlet, Jollivet-Castelot, Sédir, Phaneg et Mme de Thèbes.

J'avoue d'ailleurs que les livres d'occultisme ne piquent vraiment ma curiosité que par leur partie philosophique ou parce que tel écrivain peut apporter de personnel dans le vieux rêve. Désintéressé comme je le suis du côté objectif des connaissances humaines, incurieux même de la vérité, sauf pour sa valeur morale ou métaphysique, toujours prêt à admirer la beauté originale, mais toujours défendu contre ce qui, répété, imité ou sans vie de style, dit la nullité intérieure de l'auteur, on comprendra que plusieurs chapitres des Sciences maudites me laissent froid. Papus a une écriture usée de vulgarisateur vulgaire et sa clarté didactique est un mérite insuffisant à m'émouvoir. Expérimentateur positiviste et érudit crédule, incapable de rêve personnel et de poésie, il écrit ce français abominable des professeurs de médecine qui vient immédiatement au-dessous du fameux français de vache espagnole. — Barlet est un esprit plus large et plus pénétrant : il se montre capable de synthèses un peu personnelles et son accent quelquefois — trop rarement — est beau de gravité. — Je n'ai pas lu sans sympathie l'Ame de la Légende et du Poème d'Emile Michelet, mystique ému et lyrique. — Paul-Redonnel fixe les questions les plus éblouissantes sans que ses paupières clignent et il expose dans sa langue à la fois subtile et ferme de hautaines vérités sur la crédulité, la prière et le pacte. C'est une joie toujours nouvelle et toujours réconfortante de rencontrer Paul-Redonnel et son style grand d'Espagne. — Les Sciences maudites me réservaient en outre une révélation. J'ignorais jusqu'au nom de M. Édouard d'Hooghe. Il donne ici des articles d'une grande beauté philosophique et poétique. « Galilée — se demande-t-il, en rêvant à la puissance de la pensée — a-t-il découvert que le soleil est immobile au centre du monde on, comme Josué, l'a-t-il arrêté pour lancer à.son tour la terre dans l'espace ? » Toute sa prose est de la pensée vraiment vivante, de la clarté en mouvement. Je ne puis pas juger M. Édouard d'Hooghe sur quelques pages, mais il me paraît vraiment doué et, le jour où il publiera un livre, ce n'est pas sans espérance que j'ouvrirai le volume.

Paul-Redonnel et Édouard d'Hooghe m'ont ému parce qu'ils sont des êtres originaux, des activités dont le principe est intérieur. La plupart des autres sont des passivités qui répètent au lieu de parler : ils sont bons pour les écoliers qui s'intéressent aux choses enseignées. Moi, j'aime la voix humaine et je m'enfuis dès que les professeurs ou les phonographes commencent à la parodier.

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25 mai 2008 7 25 /05 /mai /2008 18:11

Après l'Alamblog et le blog HR, Livrenblog à son tour nous livre des éléments sur Florian-Parmentier. On y apprend ainsi, sous la plume de Lucien Arressy, que le fondateur de l'Impulsionnisme dut un moment pratiquer le maraîchage d'intérieur pour se conserver en vie ! Arressy n'en conclut pas moins :

Mais tout cela c'est du passé, un passé bien mort. Une discipline qui l'a toujours soutenu a fait de Florian-Parmentier un écrivain de classe, l'auteur de ce livre prodigieux : L'Ouragan. [Lucien ARESSY, La Dernière Bohème Verlaine et son milieu, Jouve &Cie, s.d. [1923], p. 247, cité ici sur Livrenblog]

Justement, Han Ryner fit la critique de ce "livre prodigieux". C'était en janvier 1921, dans la rubrique des Livres de la revue Ça ira.

Dépeindre le soldat non comme un brave mais comme un lâche, un lâche qui a renoncé à lui-même, voilà qui rejoint tout à fait la pensée rynérienne exprimée notamment dans Le Crime d'obéir ou Le Sphinx rouge. En 1921, cependant, des braves, condamnés pour avoir refusé de se convertir en assassins, croupissaient encore en prison. Je pense en particulier à Gaston Rolland, pour la libération duquel Ryner n'allait pas tarder à faire campagne. Mais c'est une autre histoire.

J'en reviens à Florian-Parmentier. Son Ouragan ne constitue que le premier volet d'un triptyque. Après la guerre 14-18, c'est "la Paix à l'ombre de la Guerre" — selon le sous-titre — qui est décrite dans La Mort casquée (1931). Puis l'écrivain anticipe la guerre prochaine dans L'Abîme (1933) : la "guerre des gaz" fait 220 millions de morts, l'Europe est ravagée. Mais les survivants se redressent et la vie économique reprend, sur des bases humbles mais — selon l'auteur — plus saines, par un maillage de petites exploitations familiales de paysans ou d'artisans.

Si dans ce dernier livre, Florian-Parmentier portait la prochaine guerre au seuil des années 1960, la réalité eut vingt ans d'avance. Son épouse, l'écrivain Claude Jonquière, était d'origine juive. Le ménage subit donc de plein fouet les persécutions que l'on sait. En 1947, F.-P. écrit au poète Philéas Lebesgue :

Traqués pendant quatre ans, ma femme et moi, dépouillés de tout, réduits à nous alimenter d'orties, nous avons fini par être emprisonnés et torturés, avec 350 autres personnes arrêtées, dont il n'a survécu que sept. Le reste a été mis, vivant, dans le légendaire “wagon plombé”, à pourrir durant quatorze jours. Libéré provisoire, j'ai pu échapper à ce supplice mortel, et ma femme a réussi miraculeusement à prendre la fuite. Je suis resté sans nouvelle d'elle durant sept mois, après lesquels elle m'est revenue à l'improviste d'un maquis du Sud-Ouest, ayant couvert 450 km à pied pour me rejoindre. [Source : François BEAUVY, Philéas Lebesgue et ses correspondants en France et dans le monde, Awen, 2004, p. 259]

Il relatera ces terribles expériences dans son dernier livre, paru en 1948, Le Règne de la bête ou la tragique et sublime épopée de 1939-1946. Il s'y montre admirateur de De Gaulle et semble malheureusement verser dans le nationalisme et la germanophobie primaire (les Allemands seraient par nature irrécupérables). Les atrocités de la Shoah auront sans doute eu chez lui raison de tout pacifisme... [Merci Daniel pour ces infos.]


L'Ouragan parut originellement aux éditions du Fauconnier (dirigées par Florian-Parmentier lui-même) en janvier 1920. Selon une notice de Franz d'Hurigny (Florian-Parmentier, éd. de La Cité spirituelle, vers 1938), la réédition de 1930 chez Fasquelle s'est faite sur un texte remanié.

Promo pour L'Ouragan [figurant au dos de la brochure de la conférence de HR sur Claude Tillier, éd. du Fauconnier, 1922]

L'Ouragan, par Florian-Parmentier

J'ai lu, certes, plus d'un beau roman sur la guerre. J'ai eu plus d'une occasion d'admirer. Mais toujours il me restait quelque chose à désirer. Le roman de l'arrière, je le trouvais réalisé dans la puissante et poignante Maison à l'abri de Marcel Martinet. Mais je commençais à désespérer de jamais lire le vrai roman du front. Nul écrivain ne sortirait-il donc du point de vue d'un parti, pour s'élever au point de vue humain ? Nul ne répondrait-il la vérité au fameux : Pourquoi te bats-tu ? Je sais la profondeur de la stupidité humaine et que, même en l'éludant ensuite par je ne sais quel prêche républicain, il fallut du courage pour poser la question (1). Mais je commençais à désespérer de rencontrer le combattant qui dirait tout haut ce que les meilleurs avaient dit tout bas : Nous nous sommes battus parce que nous nous sommes renoncés nous-mêmes. Nous avons eu peur de la mort ou nous avons eu peur des injures unanimes qui auraient accompagné notre mort. Nous avons consenti à cesser d'être des hommes et des consciences pour devenir des instruments et du « matériel humain ». Nous nous sommes battus pour ne pas être assassinés par ceux qui exigeaient que nous devenions des assassins.

J'ai maintenant entre mes mains le livre que réclamaient mon humanité blessée, ma raison humiliée, mon courage pacifique, mon individualisme d'amour. Ce livre se nomme : L'Ouragan et son auteur est cet ardent, puissant et noble Florian-Parmentier qui, une fois déjà, dans Par les Routes Humaines, me paraissait avoir fait preuve de génie (2).

Ecoutez l'accent de ce soldat. Il compte parmi les plus éprouvés. Originaire des pays envahis, la guerre l'a ruiné, la guerre a tué son père et sa mère, la guerre a mutilé plusieurs membres de sa famille. Il a fait, comme d'autres, cinq ans de front, il a failli en mourir ; il connaît, comme d'autres, après les mirifiques promesses, le lâche abandon des gouvernements serviteurs des mercantis. Ecoutez ce combattant qui sait, comme d'autres, ce qu'est la vraie « part du combattant ».

« Aujourd'hui, plus bêtes que tous ceux des siècles précédents, les peuples meurent pour un fétiche auquel ils ne croient plus. Depuis quatre ans qu'on me promène de front de combat en front de combat, il ne m'est pas advenu une seule fois de rencontrer un homme qui fût pénétré de l'idée de remplir, en mourant, un devoir sacré ! Les soldats parlent de la patrie comme d'un monstre obscur dont il convient d'esquiver les exigences féroces : ne meurent pour lui que les simples ; les malins sont à l'affût d'une échappée. Pourquoi donc sont-ils entrés au service du monstre ? Cela ne s'explique que par la peur. Les héros sont des lâches. »

Voici enfin un homme qui parle net, sans euphémisme et sans recul. Son personnage, après avoir éclairé avec une cruauté nécessaire la lâcheté universelle, se regarde lui-même sans complaisance. Il dégage sa conscience de tous les liens et de tous les mensonges. Et voici ce qu'il l'entend crier : « Un lâche, le dernier des lâches, moi Peissenier, qui, au lieu de me désolidariser du Crime, ai cherché bêtement des raisons. Ah ! que l'humanité est laide, représentée par ceux qui la dirigent, et qu'elle est vide, considérée en chacun de ceux qui la composent !... »

L'homme qui écrit avec cette sincérité formidable, vous devisiez qu'il n'est point parti sans avoir été le théâtre du plus déchirant et du plus instructif des combats. En août 1914, Peissenier ne se laisse pas envahir sans résistance par la folie universelle. « Il se raidit contre l'intrusion des fluides pernicieux qui, progressivement, paralyseraient sa conscience. Il a l'impression d'entendre crépiter sa chair, en lutte contre cette nuée d'influences ennemies. Un peuple innombrable et invisible s'est lancé à l'assaut de tout ce qui fait de lui un individu. Le monde nouveau, il le sent, multiforme et reptiléen, s'aggripper à ses poignets, l'enlacer de ses mille nœuds, fouiller sa chair de ses mille griffes, s'infiltrer dans le sang de ses veines, chercher à s'insinuer dans son coeur. Par instants, pris de terreur, il comprend que, désagrégé, il va être emporté comme une chose. Alors, il se cramponne à cette idée, à cette volonté : Je n'entrerai pas comme esclave dans le mystérieux organe qui se crée aujourd'hui ; je ne permettrai pas qu'une âme étrangère se substitue à la mienne ; je suis, je veux être, je resterai moi-même. »

La lutte de cette conscience dressée contre tous a quelque chose de titanique et, si elle s'extériorisait et se maintenait jusqu'au bout, Peissenier serait grand comme Socrate et comme Jésus. Il sera vaincu. Du moins l'âme étrangère n'entre en lui, et ne le domine qu'en se transformant. Il ne cède qu'au plus inattendu, au plus personnel, au plus tendre, au plus fraternel des sophismes. Peissenier sera soldat comme les autres « pour que sa révolte isolée ne fasse point sentir aux autres la cruauté de leur destin ».

Il s'aperçoit bientôt qu'il s'est donné un prétexte. Eh ! oui, allons tuer les hommes, fraternellement, pour ne point leur faire de peine. Sa conscience s'éclaire de plus en plus et, s'il recule devant les premières lueurs, il consent bientôt à toute la clarté. Le voici qui condamne hardiment, nettement, humainement, comme l'implacable et douce vérité, toutes les guerres, qu'elles s'avouent civiles ou se prétendent étrangères, qu'elles s'avouent offensives ou se prétendent défensives. « Car, si vous admettez que, dans tel ou tel cas, la guerre est juste, les ogres vous présenteront toujours la face de la guerre que vous aurez admise. »

La beauté morale d'une douloureuse mais pleine libération n'est pas le seul mérite de L'Ouragan. J'ai cité suffisamment pour que le lecteur ait apprécié la puissance émue et émouvante du style et quelle souple subtilité lui permet d'envelopper de lumière les sentiments les plus ténus, les profondeurs les moins conscientes. Mais ce qui fait la valeur unique de ce livre, c'est qu'il nous donne une synthèse de toute la guerre. Le lecteur a l'illusion de la vivre depuis le premier jour jusqu'au dernier. Est-il besoin de dire quel art vigoureux pouvait seul créer cette illusion et la faire durer ? Quelle vigueur synthétique il fallait pour que, sans effort apparent, le drame multiforme et dispersé se rassemblât aux pages d'un seul volume et nous entraînât clans sa diversité toujours émouvante, toujours pittoresque...

La puissance de l'évocation et la force de la composition sont égalées ici par la saveur exacte de toutes les sensations. La vision est au moins aussi aiguë que dans Le Feu (3). Mais nous ne voyons pas seulement la guerre ; nous l'entendons, nous la sentons. Elle envahit tous nos sens horrifiés. Comme les combattants, nous sommes éclairés et aveuglés par sa lumière en flamme : nous sommes assourdis de sa musique discorde, nous sommes enveloppés de ses odeurs excitantes ou ignobles ; et, brusques ou sournois, ses contacts ne nous sont pas épargnés. Nous flottons aussi dans son absurde et terrible mystère. L'auteur de L'Ouragan est à la fois le plus précis des conteurs et le plus visionnaire des poètes. Tantôt il nous jette dans « une sorte de mystère hagard qu'on respire avec l'atmosphère » ; tantôt il nous fait éprouver « une horreur panique qui pénètre jusqu'aux moëlles ». Plus d'une fois je me suis senti comme dispersé aux vents de « cette folie planétaire qui emporte tout dans sa détresse ». Toujours la nature et les paysages s'associent à la marche de l'abomination, lui donnant un visage plus précis et à la fois plus hallucinatoire, plus familier et à la fois plus inquiétant. Cependant les puissances de mort éclairent de l'intérieur, lueur blafarde et sinistre, le corps tourmenté des événements.

Le livre n'est pas tout entier en combats, en dialogues, en accidents et en incidents. Des solitudes s'y enfoncent, tragiques, comme des gouffres, des abandons et des silences nous enveloppent d'on ne sait quel enfer mornement méditatif. Des nuits fiévreuses ou écrasées semblent traversées de gestes occultes et le cauchemar, on ne sait comment, prend figure de sortilège.

Décidément, c'est à plus d'un point de vue que ce livre est le plus noble, le plus puissant, le plus complet entre ceux que les combattants nous ont donnés sur la guerre.

Han Ryner


(1) "Pourquoi te bats-tu ?" fait référence à un texte d'Henri Barbusse paru en 1917 (ou 1916 ?), au moins en partie, dans Les Nations et La Tranchée. Ryner saluera cette intervention mais élargira le propos en posant la question : "Comment te bats-tu ?", titre d'un article paru dans le n° 1 du Symbole (août 1917). L'éternelle problème du rapport entre la fin et les moyens...

(2) Lire ici le C.R. par Han Ryner de Par les Routes Humaines.

(3) Le Feu, roman d'Henri Barbusse, élaboré dans les tranchées et décrivant avec réalisme la guerre, publié en 1916 et Prix Goncourt la même année. Sur Barbusse, cf. le site : http://henri-barbusse.net/.

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4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 18:22

Sur l'indispensable Alamblog, le Préfet Maritime nous ferrait depuis le début de la semaine avec des photos de Florian-Parmentier — nous permettant au passage de constater que la guerre avait eu raison d'une bien belle barbe, jugez plutôt ici et ! Cependant nous ne savions pas où le bon Préfet voulait en venir...

Depuis hier, le mystère est levé : l'Alamblog bibliographie les éditions que dirigea Florian-Parmentier. A savoir donc : les éditions Gastein-Serge (ici) et les éditions du Fauconnier, lesquelles sont connues de tout rynérien qui se respecte, puisque
1) c'est chez Gastein-Serge que parut en 1909 Le Subjectivisme, qui sera d'ailleurs réédité au Fauconnier en 1922 (couverture) ;
2) Le Fauconnier édita ou co-édita pas moins de sept opuscules entre 1920 et 1924 (selon la biblio d'Hem Day), notamment L'Individualisme dans l'Antiquité et les conférences mises en ligne ici, ici et .
Il faut dire que Florian-Parmentier fut président de la société des Amis de Han Ryner de 1921 à 1923 puis à nouveau de 1946 à sa mort en 1951.

Editeur, donc, mais aussi directeur de revues, romancier, poète, théoricien de "l'Impulsionnisme", peintre, sculpteur et compositeur, il semble donc que F-P ait été un artiste complet. On retiendra surtout son roman L'Ouragan, fresque de la première guerre mondiale que certains comparèrent et déclarèrent supérieure au Feu d'Henri Barbusse et au Croix de bois de Roland Dorgelès. Je publierai prochainement l'article que Ryner consacra à cet ouvrage. Mais aujourd'hui, c'est le Florian-Parmentier poète que je vous invite à découvrir, avec ce compte-rendu publié dans Alceste de juillet 1910 (repris au CAHR 22, p. 4-6).


Par les Routes Humaines, par Florian-Parmentier

... Les générations qui ont précédé immédiatement la sienne furent d'inspiration souvent intéressante, toujours incomplète. Tantôt le mépris de la foule entraînait les poètes vers des rêveries vagues et lointaines ; tantôt l'urgence du travail social leur faisait oublier la beauté des vastes pensées. Les uns ignoraient la terre ; les autres, penchés vers le sol comme des bêtes, faisaient de pénibles tableaux où manquait le ciel. Mais voici que les jeunes d'aujourd'hui, comme les grands romantiques, mêlent harmonieusement les préoccupations sociales et les inquiétudes métaphysiques.

A ce point de vue, le nouveau poème de Florian-Parmentier est singulièrement caractéristique.

Il nous transporte d'abord dans la région qu'habitent les âmes, avant de descendre dans la prison de chair. Nous assistons à une chute vers l'incarnation.

L'homme nouveau s'étonne et s'émeut devant la vie telle que l'a déformée la folie des générations. Une voix — intérieure ou venue des choses ? il ne sait — le « convie à de miraculeux départs », l'incite à porter « au peuple lamentable et vain le salut d'un nouvel évangile ».

« Oh ! porte-lui pour le guérir les bons baptêmes.
            Enseigne-lui ta vérité
                 Dis à ces hommes
            La profonde simplicité
De l'Infini dont ils se font tant de fantômes. »(1)

La Voix continue, douce et enivrante:

« Apprends-leur à goûter le doux miel des minutes,
                 Conseille-leur
            Le seul trésor intérieur... » (2)

De plus en plus pénétrante, et pourtant de plus en plus impérieuse, elle ordonne :

                       « Et pour
      Qu'il n'y ait plus d'autres lois que l'Amour
                 Parmi tes frères,
Aime-les tous, aime-les tant que tes artères
Eclatent sous leurs battements tumultueux... » (3)

Mais la Ville âpre est hostile à tant de douceur. Les hommes ne savent rien faire des cœurs qu'on leur donne, et le grand Incarné, malgré l'effort de son amour, se sent toujours un étranger. Les spectacles auxquels il assiste sont tous faits de douleur et d'angoisse. Partout, même dans le baiser de ces fous, il y a de la haine et du combat. Il fuit. Il fuit vers

« La joie amnistiante et discrète des champs. »(4)

Il s'identifie à la nature et croit, un instant, « pénétrer le secret du monde et goûter le bonheur parfait ». Il écoute un humble sage lui dire :

« [...] je n'ai guère appris aux pages du savoir ;
Mais ne suffit-il point de regarder pour voir,
Et pour goûter un peu du ciel, d'ouvrir la bouche ?

« Dans le Grand-Tout, l'appel est toujours entendu
S' il est le souffle ardent d'une âme qui palpite ;
La vie insaisissable alors se précipite,
Impatiente du baiser tant attendu.

« Je crois d'un coeur fidèle et d'une foi fervente
Que tout, dans l'univers occulte, est conscient ;
Et qui sait si je n'eus, en m'y associant,
La surhumaine Omniscience qu'on nous vante ?... » (5)

Mais la sagesse est un trésor qui aspire à se donner. L'étranger revient donc parmi les hommes pour leur partager ses richesses intérieures. Hélas ! les fous ne veulent pas du magnifique présent. Ils passent indifférents, pendant que sont proclamées les plus nobles vérités :

« Il est simple de se contenter de vivre,
            D'avoir un coeur bien apaisé
     Et, frère de l'azur qui vous enivre,
De sentir sur son front l'unanime baiser !

« Oh ! ce bonheur, s'associer l'Ame des âmes,
            Communier des dieux épars !
     Etre celui qu'on est, que tous proclament,
Et ne craindre pas plus l'ombre que les regards ! » (6)

On raille, on repousse le naïf prêcheur d'amour. Sa voix se fait humblement tenace et poursuiveuse ; et il donne comme on mendie :

« Je ne possède rien que mon humble bonté,
Je ne puis vous offrir qu'un cœur ensanglanté,
Je n'ai d'autre trésor que ma sincérité

[...]

« Je ne sais pas très bien quel ami je serai.
Aurai-je seulement tous les soins qu'il faudrait ?
Pourvu que mon amour au moins vous semble vrai ! » (7)

Appels inutiles ! Qu'est-ce que les hommes, tournés vers les fausses richesses extérieures, pourraient faire du « don de son âme ingénue » ? Leur folie méchante lui prend tout, « ses rêves et sa foi », pour les détruire.

« Et désormais il sent en son cœur un tel froid Qu'il ne sait si la vie encor s'y continue. » (8)

Il se relève pourtant, par un effort de vaillance :

«Ne renonce pas à toi-même,
Mais, confiant en ton labeur,
Trouve la majesté suprême
Dans l'intégrité de ton coeur.

« N'attends pas de mains étrangères
L'aumône d'un peu de clarté ;
Les vérités sont mensongères
Qui ne sont pas ta vérité... » (9)

Hélas ! la sagesse demande trop à nos cœurs ; elle leur demande de renoncer à l'impossible :

« Malgré le pauvre orgueil d'une pauvre Sagesse,
L'on éprouve parfois l'angoisse d'un remord
Comme si l'on voulait de soi plus de largesse.

« Car ce n'est pas assez que d'attendre la mort
Avec le calme auguste et fier d'un sage antique :
On se voudrait plus beau, plus magnanime encor... (10)

Un mal languissant est, malgré tout, sur le sage qui voudrait être plus qu'un sage. Est-ce bien la peine de vivre, si l'on ne peut rien donner autour de soi ? La mort n'a-t-elle pas un trésor de mystères plus précieux qu'une telle vie ? Or, la mort vient, la grande Inévitable. La chair frémit de la formidable approche.

                    « ...Qu'en cet instant d'horreur
L'angoisse de ma chair n'atteigne pas mon coeur,
Mais que mon âme éprouve un grand apaisement... » (11)

Et l'âme entend en une joie de moins en moins inquiète, les appels de ses sœurs :

« Mais ayant écouté leurs chants surnaturels
Et fait de sa souffrance un hymne au Surhumain,

Dans l'Essence Divine elle entrera demain. » (12)

Plutôt que de louer ce beau poème platonicien, j'ai préféré utiliser, à le conter et à citer beaucoup, la place dont je pouvais disposer. Quand on a une œuvre aussi profonde de pensée, aussi noble d'aspiration, aussi pénétrante de forme, n'est-ce pas la meilleure façon de la louer ? Voici une source limpide et fraîche. J'ai fait goûter un peu de son eau pour que les fièvres viennent s'apaiser à la source même. Il me semble impossible de lire quelques-uns de ces vers où se transposent la fluidité, la subtilité mêmes du Mystère, où s'harmonisent si délicatement sagesse et amour, sans désirer les lire tous.

Quiconque a un cœur aimera non seulement le livre, où une âme admirable a versé de tels trésors, mais encore l'homme doucement et tendrement apostolique qui a pu écrire le livre. Tout lecteur noble aimera Florian-Parmentier d'apporter dans son amour des hommes — harmonie de parfums ivres et de douces odeurs, bouquets de sombres calices et de blanches corolles — une expérience saignante et en même temps, on ne sait quel charme craintif et pur qui semblait le privilège des virginales et ignorantes amours...

Han Ryner.


Références des citations de Par les routes humaines (Société d'éditions littéraires et artistiques - Librairie Paul Ollendorff, 1910) [ces notes ne figurent pas dans l'article original, c'est un ajout pour la publication numérique] :
(1) Partie II (Sur la route inconnue), VIII, p. 39.
(2) Idem.
(3) Idem, p. 40.
(4) Partie IV (Le sentier ensoleillé), XXI, p. 73.
(5) Idem, XXVI, p. 85-86. A cet endroit du poème, une note précise : "Ces deux dernières strophes résument toute la doctrine « impulsionniste »."
(6) Partie V (Au cœur de la Cité), XXXI, p. 101-102.
(7) Idem, XXXVIII, p. 134.
(8) Idem, XXXIX, p. 137.
(9) Idem, XLII, p. 146.
(10) Partie VI (Sur le chemin du retour), XLVI, p. 153.
(11) Idem, XLIX, p. 161.
(12) Idem, L, p. 163

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1 juillet 2007 7 01 /07 /juillet /2007 19:57

Cette critique est parue en 1918 dans La Forge, organe de la "ghilde Les Forgerons". Revue d'art et de littérature à tendance pacifiste, La Forge a une histoire tourmentée : fondée en 1911, elle disparaît en 1913 pour faire place à L'Action d'Art, éphémère puisque disparue avant le début de la guerre. Elle réapparaît début 1917, avec pour directeur de publication Luc Mériga (pseud. Gaston Léger). Parmi les collaborateurs, outre Han Ryner, on peut remarquer Paul Delesalle et Marcel Martinet.
Republication aux CAHR n°62, p.13 à 16.
Comme vous pourrez le lire, cet article contient une citation latine que Han Ryner se refuse à traduire. J'en ai tenté une traduction en note, qui me paraît cohérente, mais n'étant que fort peu latiniste, je ne suis pas très sûr du résultat. Si un lecteur ou une lectrice un peu plus savant-e que moi en la matière pouvait vérifier cette traduction et me faire part de ses remarques, je lui en serai très reconnaissant.
Et pour en savoir plus sur Fernand Fleuret et son oeuvre, je vous recommande d'aller faire un tour sur l'excellent site Les Excentriques.


UN BEAU LIVRE COURAGEUX. — Je viens de lire, avec toutes les joies que donnent le spectacle du courage civique, la force résolue de la pensée, la richesse à la fois vertigineuse et harmonieuse du style, un petit livre au long titre : Falourdin, macaronée satirique dédiée à André Mary, Bourguignon, par Fernand Fleuret, cavalier français, avec les remarques de Jacotus Brededin, Dr. ph. Deuxième édition, corrigée et considérablement diminuée (*).

Le hasard est quelquefois ingénieux ; l'histoire du petit livre au long titre n'est pas moins réjouissante que le texte, et les remarques.

Aux environs de l'an 2439, l'illustre docteur Brededin (Jacotus) fit l'acquisition d'un manuscrit qui ne payait pas de mine et qui se révéla précieux. Ce manuscrit échappé, on ne sait comme, « à l'incendie, au cours des terribles journées de 1920 », vient d'être publié pour l'instruction des ignorants et le divertissement des habiles.

Outre un poème français, écrit en des jours de verve singulière, par Fernand Fleuret, « l'an IVe du Délire de Lamachus » (1), le précieux manuscrit contient quelques notes d'un socialiste anonyme qui, n'aimant pas les journalistes, le leur dit en latin vigoureux. A ces scribas illiteratos, à ces histriones, le juste anonyme eût peut-être pardonné leur manque de lettres, la bassesse et la stupidité de leurs bouffonneries, leur jalousie (invidiæ), leur appétit d'argent (auri fames) et autres menus défauts, si ces ennemis du peuple (inimicos populi), traîtres à toutes les causes nobles (proditores nobilissimarum causarum), honte de la France (dedecus Franciæ) et opprobre du genre humain (opprobrium humani generis), s'étaient contentés — mais voici que je n'ose plus toujours traduire — de se manifester des lenones (2), des cinædi (3) et des hommes de fange (homines lutei). Mais il paraît que ces misérables, insatisfaits d'avilir en eux et en tous ceux dont ils parlaient la dignité humaine, insatisfaits même de semer les catastrophes individuelles et les malheurs particuliers, étaient encore des auteurs de guerre (auctores bellorum) et peut-être les principaux fauteurs du plus horrible des carnages (incitatores stragis horrendissimæ).

Les équitables et humaines sévérités latines de l'anonyme n'étaient-elles pas excitées d'ailleurs par l'indignation de Fernand Fleuret, cavalier français, au style aussi cavalier que français ? Lui non plus n'avait pas ménagé le journaliste,

Ce Frontin (4) parvenu, corrupteur de laquais,
Ce mercier jargonnant, colporteur de caquets,
Cet Argus (5) de serrure, où son regard furette,
Ce penseur à l'évent (6), grinçante girouette,
Ce pitre égosillé, qui se croit du Barreau,
Cet acolyte noir de Monsieur le Bourreau,
Qui respire si fort le vice et la rapine,
Que le valet parfois le pousse à la Machine,
Ce singe de Montaigne, ignare et solennel,
Qui, pour gloser sur tout, se croit universel,
Ce stupide éteignoir menaçant le Génie,
Ce perroquet dressé chez Dame Calomnie,
Et, pour choisir encor parmi ses plus beaux traits,
Ce faiseur de papiers qu'on met dans les retraits !

A une époque très ancienne, avant que, d'un geste symbolique, Emile de Girardin, représentant de la presse d'affaires, eût tué Armand Carrel, champion de la presse d'idées (7), certains journaux méritèrent peut-être des éloges mêlés. Mais, lorsqu'écrivait cavalièrement le cavalier Fernand Fleuret, les directeurs des grands quotidiens étaient, semble-t-il, les plus infâmes des mercantis, toujours prêts à trafiquer de l'honneur des particuliers, de la sûreté des nations, des intérêts de la civilisation et de l'humanité. Les écrivains indépendants étaient impuissants à lutter contre la force de ces usiniers millionnaires, grands fabricants d'inutilisable fumier. L'avilissement pestilentiel du journalisme dut être considéré comme irrémédiable du jour où les feuilles furent envahies — inondation de ténèbres et de boue — par une étrange société qu'on nommait, Platon étant hors d'état de protester, l'Académie (8). On prétend même que les plus cruels parmi les ennemis de notre pays et les plus lourds parmi les ironistes appelaient cette troupe bizarre l'Académie française ! Le docteur Brededin nous enseigne dans une de ses remarques les plus érudites que cette institution charentonnesque (9) « existait encore à l'époque » de ce malheureux Fernand Fleuret, « quoiqu'elle fût tombée dans la déchéance et le discrédit le plus complet ».

Il ajoute, savant historien et qui distingue subtilement les phases successives d'une évolution : « L'Académie fut à l'origine une compagnie instituée pour défendre la langue et la littérature. Elle se transforma en un cercle d'hommes d'épée, puis en une sorte de parlote politique et argotique qui recrutait ses adhérents parmi les ennemis des Lettres, des Arts et du sens commun, parmi les vieux sénateurs, les reporteurs, les polygraphes (10) et les rimeurs de monologues.
« Vers la première quinzaine du XXe siècle, elle s'occupait à la fois de philanthropie, d'agriculture, d'art militaire, et particulièrement de pompes funèbres. Elle était arrivée à mettre la main sur la Presse, le Parlement, l'Exécutif et autres institutions irresponsables. Elle décidait en maîtresse de la Guerre et de la Paix. Les chroniques du temps, que nos travaux ont permis de découvrir, témoignent de la profonde satisfaction qui fut ressentie, non seulement par les gens de lettres, mais dans toute la France, lorsqu'un décret, appelé par les vœux de tous les honnêtes gens, abolit enfin cette compagnie caduque, dont les dernières années avaient été si funestes. »

Entraîné à l'exemple corrupteur des antiques journalistes, le savant historien n'abuserait-il pas de notre crédule ignorance ? Celui qui travaille la matière noble ou infâme du temps passé ne s'accorde-t-il jamais le joyeux privilège du voyageur qui se dit : « A beau mentir qui vient de loin » ? Nous ne pouvons admettre, malgré toute la confiance que nous inspire Jacotus Brededin, que ce malheureux commencement du XXe siècle fût encombré de toutes les cauchemardantes institutions qu'il se plaît à nous décrire. A l'en croire, outre cette académie, qui fait songer en un recul de dégoût et d'horreur aux quarante plus hideuses gargouilles de nos cathédrales, il y aurait eu encore on ne sait quoi d'amorphe, de fuyant comme lâcheté et comme pourriture, de pestilentiel, qui se serait appelé l'Ecole Normale, « célèbre institut de la rue l'Ulm, où l'on enseignait toutes sortes de matières, excepté le respect de la langue et de la littérature... Elle produisait de préférence des politiciens, des journalistes, des facteurs de pianos, des marchands de tableaux ». Tout cela, à la rigueur, par admiration pour Brededin, nous consentirions à faire semblant de l'admettre. Mais notre sens du possible se révolte victorieusement quand l'historien ajoute qu'il sortit de ce puant local quelques « maîtres de l'enseignement public ». Non, Brededin, si effroyable que fût la stupidité passive de cet ignoble et infortuné XXsup>e siècle, nous ne croirons jamais qu'il fût tombé si bas aux profondeurs de l'abîme et eût oublié à tel point quel tendre respect on doit à l'enfance.

Normaliens, académiciens et autres folliculaires (11) de cette sombre époque sont ensevelis dans un tel gouffre d'oubli que le savant Brededin ne réussit pas à identifier ceux-mêmes que Fernand Fleuret nous présente comme les plus illustres. Lacune à jamais regrettable. Combien nous aimerions, par exemple, mettre un nom sous le portrait, d'une truculence si précise, de certain « grand baguenaudier » (12) :

Pareil à ces dadais des bancs de rhétorique,
Il flottait dans les plis d'une sombre tunique,
Et ce qui davantage ajoutait à son deuil,
C'étaient de noirs cheveux qui lui pendaient sur l'œil ;
Enfin sa voix en mue et trois poils de moustache,
Autant que son costume annonçaient un potache.
...Ce premier lauréat du jeu de bilboquet
Dansa comme un peau-rouge ou comme un cannibale.
En dansant, il jonglait d'une urne électorale,
D'une trompette en fer, d'un espadon (13) de bois,
D'une tête de mort et d'une Rose-Croix (14),
Et, la bouche baveuse ainsi qu'une limace,
Hurlait tantôt : Fouchtra ! tantôt : Vive l'Alsace !

L'érudit Jacotus éclaire ce passage d'une seule remarque. Encore n'ose-t-il l'écrire en français et voici qu'à mon tour je recule devant la hardiesse de traduire. Il s'agit du jeu de bilboquet, «jocus nequissimus. Quæritur scilicet de masturbatione cui aud pauci alumni indulgere solent, quod est sua ratio parendæ religionis nuncupatæ "culte du moi" » (15).

Mais ce Falourdin, qui donne son nom au passionnant petit volume, qu'est-il donc ? Un géant qui, à la manière de ceux de Rabelais, symbolise une puissance. La plus dégoûtante, la plus écrasante, la plus malfaisante des puissances qui couvraient de nuit, de sang et de boue l'époque folle et à jamais déplorable où vécut le talentueux et infortuné Fernand Fleuret : la Presse. La couverture du petit livre nous présente le sale et stupide géant sous une forme telle qu'il nous semble entendre à la fois

.....Grogner un porc et braire dans les cieux.
.....C'est un groin de porc au zénith élevé,
De deux oreilles d'âne, il est enjolivé. (16)

Sur la tête hybride, repoussante et formidable, se déploie cette claire légende : Stercore vescor (17). De quelles ordures se nourrit Falourdin, cherchez-le dans le petit livre rare et précieux qui doit être lu et médité par tout honnête homme. Lisons et relisons pour notre instruction autant que nour notre joie, pour notre joie autant que pour notre instruction. Brededin nous dispense la lumière comme un sourire entr'ouvert et un œil qui cligne. Fernand Fleuret la précipite comme un torrent ; souvent elle devient flamme et, sur les Gomorrhes et les Sodomes, course d'incendie. Le contraste de cette lente et presque sournoise ironie avec cette généreuse indignation qui trépide et qui trépigne forme un régal singulier. Ceux qui aiment les souplesses nuancées de notre langue seront charmés par le docteur en philologie ; ceux que passionnent ses âpres énergies suivront le galop vertigineux du cavalier français. Mais ceux qui, fuyant les académiques masturbations des Maurice Barrès, les académiques diarrhées des Frédéric Masson, les académiques flueurs (18) des René Bazin, les académiques avortements des Marcel Prévost (19), chercheront joie et dilection dans ce petit livre sont sans doute capables de tous les ravissements où nous emporte un beau style et se charment à toutes les puissances de notre riche et ondoyante langue française.

Pour moi, le petit livre au long titre me ravit à tel point que je recule devant toute chicane de critique ou de pédant. Je ne demande même pas au subtil linguiste qu'est son auteur pourquoi il nomme « macaronée satirique » une satire où, même lorsqu'il parle latin, on ne découvre rien de macaronique (20). On l'a constaté aux larges citations que j'ai tenu à faire, la force ici se déploie et la malice s'insinue en une langue presque aussi facile que verveuse. L'opulence diverse d'un vocabulaire emprunté à plusieurs siècles s'harmonise dans la puissance irrésistible du mouvement et les couleurs composites s'unifient dans la netteté précise d'un dessin vigoureux.

HAN RYNER.

(*) Se trouve à la Libraire d'action d'Art de la Ghilde « les Forgerons » (éditeur) et chez les rares libraires qui ne sont pas hostiles à la littérature française.


Notes :

(1) Lamachus : Lamachos, général athénien, partisan d'une politique agressive contre Syracuse. Caricaturé dans les Acharniens d'Aristophane, où il incarne l'archétype du fanfaron belliqueux.

(2) lenones : souteneurs, proxénètes.

(3) cinaedi : gitons, prostitués.

(4) Frontin : Sextus Julius Frontinus, haut-fonctionnaire et écrivain militaire romain du Ier siècle ap. JC.

(5) Argus : Dans la mythologie grecque, Argos Panoptes ("qui voit tout") est le Géant aux cent yeux, à qui Héra avait confié la garde d'Io.

(6) penseur à l'évent : "à l'évent" : à l'air libre, d'où "tête à l'évent" : personne légère, étourdie.

(7) Girardin / Carrel : E. de Girardin, directeur de La Presse, tua en duel A. Carrel, directeur du National, à la suite d'une vive querelle autour de l'introduction d'encarts publicitaires par Girardin dans son journal - Carrel accusant Girardin de concurrence déloyale. C'était en 1836.

(8) Platon / L'Académie : l'Académie est le nom de l'école philosophique fondée par Platon.

(9) charentonnesque : référence à Charenton-le-Pont, où se situait un asile d'aliénés.

(10) polygraphe : auteur qui écrit sur des sujets variés (avec le risque d'être superficiel...).

(11) folliculaire : journaliste (péjoratif).

(12) On va voir qu'il s'agit de Maurice Barrès.

(13) espadon : grande épée que l'on tient à deux mains.

(14) Rose-Croix : Barrès a, comme beaucoup d'autres écrivains de l'époque, été lié à des mouvements ésotériques - l'un de ceux-ci étant la Rose-Croix. "Trompette de fer", "espadon" et "tête de mort" se rapportent peut-être à du symbolisme ésotérique, mais je n'ai pas le courage d'aller explorer le fatras des occultistes (en revanche, j'accueillerais avec gratitude toute remarque éclairante !).

(15) Je donne le texte tel qu'il est transcrit dans les CAHR, mais je pense que "aud" doit être remplacé par "haud". A la compréhension, sacrifions la pudeur et traduisons quand même :

Il s'agit du jeu de bilboquet, « jeu qui ne vaut rien du tout. Il est évidemment question ici de masturbation, manie à laquelle bien peu d'élèves ne s'abandonnent pas, et qui est leur manière à eux d'obéir à la religion appelée "culte du moi" ».
Je ne suis pas très sûr de la traduction - si des latinistes émérites pouvaient la vérifier, je leur en serais reconnaissant !

 (16) Et voici le portrait du monstre (bois gravé de Raoul Dufy) !falourdin.png Cf. sur le site Les Excentriques à cette adresse : http://www.excentriques.com/fleuret/fleuret_3c.html.

(17) "Stercore vescor" : "Vivre d'excréments" ("vivre" au sens de "tirer sa subsistance de"). Le thème du journaliste stercoraire apparaît déjà dans un article d'Henri Ner du 17/11/1895 dans le Républicain de Nogent-le-Rotrou, intitulé "Le Diffamateur" : « Certains animaux ne se nourrissent que d'excréments. On cite au premier rang le journaliste qui vit de diffamation. Il arrive à ce stercoraire d'être très gros et très gras. » (cf. CAHR 87, p.13).

(18) flueurs : menstrues.

(19) Barrès / Masson / Bazin / Prévost : pour en savoir plus sur ces immortels disparus, il y a... le site de l'Académie Française. Il existe aussi un petit site pas mal fait sur René Bazin.

(20) macaronique : se dit d'un genre de poésie burlesque, où des mots du langage vulgaire sont latinisés.

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18 juin 2007 1 18 /06 /juin /2007 17:19

Critique Littéraire de Notre Voix, le 27 juillet 1919 (republiée aux CAHR  n°55, p. 16-17).
Sur Georges-Armand Masson, voir ici.


Des vers

Que de vers ! que de vers ! Pourtant la mévente des poètes et des recueils n'est pas un phénomène nouveau ou que quelqu'un puisse encore ignorer. Nos écrivains, au moins pendant la première jeunesse, ne travaillent donc pas pour l'argent. Constatation réconfortante. Nous admirons l'homme de talent qui, sans espoir de retour, nous donne quelque chose. Ne faut-il pas aimer aussi celui qui se trompe sur ses richesses, l'enfant qui nous apporte gentiment des découpages et de naïfs dessins ? Mais ils sont trop, les enfants délicieux et encombrants. Que notre silence les juge. Pour le moment. Car tel qui choppe au premier pas marchera peut-être bientôt harmonieusement. Hélas ! je ne puis même parler de tous les autres, de tous ceux qui, à des degrés inégaux, manifestent un talent naissant ou formé, de l'originalité de pensée, de la grâce musicale, de l'abondance lumineuse ou de la vigueur pittoresque.

M. Georges-Armand Masson publie un poème éblouissant, La mille et unième nuit. Treize « petites sultanes » — mais la treizième est si vaporeuse et si délicatement irréelle,

- Pas même une image.
Une ligne, pas même.
Je suis un nombre. Je suis l'abscisse
De ton rêve.

Viennent chanter, menues et nues, devant le sultan Schariar, de tremblantes et troublantes chansons. D'un style toujours renouvelé, avec des paroles et des rythmes qui chatoient différents sous une clarté changeante, chacune dit, dans un geste qui étale et qui rêve : Voici

Mes caravansérails d'idées, mes magasins
De mots, mes écuries de sentiments,
Mes harems de couleurs et mes marchés d'odeurs,
Mes vergers de sonorités.

Mais le silence obstiné de Schariar est treize fois une réponse fatale. Chaque déductrice vaincue

...Lit sur ses lèvres froides
Un sourire si irrévocable
Qu'elle courbe la tête en frissonnant.

Un jeu ? Sans doute. Mais joué avec une telle grâce dansante, un goût si finement dédaigneux, une virtuosité si riche et si habilement contenue. Que de distinction dans cette « orientale » de 1919 ! Georges-Armand Masson est une admirable opulence spontanée. Mais il y a un choix difficile dans l'élection des richesses qui se présentent à lui et science rare dans l'ordonnance qui les éclaire. Critique, il se manifeste souvent pénétrant comme un poète qui aime. Mais le poète est chez lui toujours surveillé par un critique avisé, un peu trop méfiant parfois, qui le pousse vers l'abstrait et lui permet plus de lumière que de couleur.

Dans une préface qui est une excellente page de critique, Paul Fort nous dit les mérites de M. Jules Supervielle et que le charme de ses Poèmes est fait d'inquiète nostalgie, d'exil qui poursuit partout le poète. Comme Baudelaire, Leconte de Lisle ou Léon Dierx, M. Supervielle, fils des Tropiques, ne se trouve jamais chez lui, ni sous le froid climat de France, ni parmi les moeurs naïves des créoles. « Un lyrisme fantaisiste » exprime parfois sa dualité douloureuse. Il y dépense beaucoup d'esprit et du plus ingénieux. Je le préfère pourtant dans les grâces non tordues et les tristesses avouées. J'aime particulièrement certaines stances, aussi parfaites peut-être que celles de Moréas, mais moins tendues, de ligne aussi souple que ferme, stoïques sans âpreté, d'une sensibilité difficilement contenue et dont on entend, dans la cage sombre, le frémissement fraternel.

HAN RYNER.


Remarques :
G.-A. Masson, La mille et unième nuit, Paris, Éd. de la Revue intellectualiste , 1919, 34 p.
J. Supervielle, Poèmes (préfacé par P. Fort), Paris, E. Figuière , 1919, 183p.

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