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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 10:42

Je donnai hier quelques liens pour suivre les manifestations anti-OTAN à Strasbourg. Les choses ont, paraît-il, "dégénéré", comme si tout n'avait pas été fait, du côté des professionnels et des amateurs du baston — commandés ou autonomes —, pour qu'il en soit ainsi.

Pour ce qui est des professionnels, rien à dire, ils ont fait le boulot pour lequel ils sont recrutés : ils ont bien protégé les riches et les puissants, bien utilisé leurs crédits de lacrymos, bien piétiné la dignité des rêveurs qui ne se satisfont pas d'une société dominée par la violence, joignant ainsi l'agréable à l'utile. Bravo les gars !

Pour ce qui est des amateurs, on ne va guère pleurer sur la perte d'un hôtel appartenant à un groupe qui se fait de l'argent sur l'expulsion des sans-papiers, non plus que sur la destruction d'un poste de douane ; on s'interrogera un peu plus sur l'opportunité de l'incendie d'une pharmacie — ah! oui, pardon, c'était un dégât collatéral ! Vive les dégâts collatéraux, donc... Lapider les pros du baston par-dessus les non-violents, excellente idée aussi ! A nouveau, vive les dégâts collatéraux... Bravo les gars !

Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, puisque professionnels et amateurs du baston pourront s'attribuer mutuellement la responsabilité des dégâts collatéraux.

Pendant ce temps, pour des sommes bien plus importantes que le coût des dégradations matérielles mentionnées plus haut, beaux messieurs et belles dames en toute sérénité ont fait bombance, jolis visites, mondanités, et des plus raffinées ; et, puisqu'ils représentent tout le peuple, c'est le peuple entier qui put jouir avec eux, n'est-ce pas ? Magie de la délégation de pouvoir...

Comme d'habitude, l'opinion publique ne retiendra qu'une chose : la société voulue par les anars (puisqu'on établira une relation d'équivalence entre anars et émeutiers), c'est une société où quotidiennement on explose des vitrines à coups de pelles, quand on ne fout pas le feu à des bâtiments.

Je l'ai écrit hier, les techniques émeutières me semblent superficielles et peu cohérentes avec le but que je suppose poursuivi par un certain nombre de ceux qui les utilisent : la possibilité de vivre sans avoir à commander ni à obéir, sans être obligé de nuire à autrui, sans avoir à se méfier continuellement de la personne qui me suit ou me précède dans la hiérarchie économique ou sociale. La possibilité de laisser libre cours à une bienveillance que  nous sommes forcés de brider pour ne pas crever dans cet univers de jungle. Bref, la possibilité d'aimer, enfin, sans frein ni entrave, d'un amour plein et entier !

Chose complètement impossible aujourd'hui : comment puis-je aimer librement le patron qui me commande, l'actionnaire qui me vole mon temps, le flic qui me collera en garde à vue si je n'ai pas l'air suffisamment contrit, le prof qui me mettra en retenue pour la même raison que le flic, le militaire qui patrouille avec à la main un instrument de mort, le politicien que j'ai laissé me dépouiller de mon pouvoir de décision... Comment puis-je aimer réellement le salarié que je commande, le travailleur que j'exploite, le type que je contrôle et qui me répond insolemment, l'élève qui ne veut pas apprendre, le civil qui cache peut-être un terroriste en puissance, l'électeur que je dois flatter et tromper... Comment puis-je aimer toute cette cohorte servile ou impérieuse, toute cette lie de sadisme, d'envie, de méfiance et de haine ? Comment puis-je m'aimer moi-même, vautré dans cette soue grouillante d'abominations ? Comment puis-je m'aimer quand je ne peux pas aimer tous les autres, quand ne serait-ce qu'une seule personne sur Terre a des motifs de me haïr ?

Alors je ne vois absolument pas comment la destruction de bâtiments, même hautement symboliques de ce qui m'empêche d'aimer (argent, frontières, délégation de pouvoir...), pourrait me faire avancer d'un pouce vers la libération. Occuper un bâtiment et le détourner de ses fonctions est une action bien plus radicale que le détruire : quand les mal-logés occupent des bâtiments et les rendent à une fonction utile, ils me semblent bien plus radicaux que les activistes qui les détruisent. On va me dire que les mêmes militants sont souvent impliqués dans les deux types d'actions. Parfait : il ne reste plus qu'à s'abstenir de mener la moins radicale des deux (au sens réél, pas au sens médiatique) !

Quant à la confrontation aux forces de l'ordre, là encore, et peu m'importe de faire preuve d'une ingénuité à toute épreuve, je préfère la solution radicale d'une offrande de fleurs aux robocops avant de se faire matraquer sans reculer (donc sans obéir) ni frapper plutôt que la solution superficielle de leur balancer des projectiles sur le casque.

Ces choses étant dites, et sachant que cela revient de toute façon à pisser dans un violon, il me paraît intéressant de copier ci-après un texte récupéré sur le site du groupe de Strasbourg de la Fédération Anarchiste. Texte datant d'août 2001, écrit suite aux événements de Gênes, mais qui reste tout à fait d'actualité, et pourrait d'ailleurs être repris mot pour mot aujourd'hui (excepté quelques noms propres purement circonstanciels). Je ne sais pas si les copains de ce groupe sont toujours sur ces mêmes positions, personnellement je le suis plus que jamais. Mais beaucoup plus désespéré, sans doute.


L’anarchisme... et la non-violence

Dans les compte-rendus des manifestations de Gênes, les médias ont souvent utilisés le terme d’anarchiste comme synonyme de casseur. Pourtant le rapport à la violence, et donc à la non-violence, au sein de la mouvance libertaire est plus complexe que la vision manichéenne des médias « institutionnels » ne le laisse supposer. Nous estimons qu’un éclaircissement est nécessaire.

Pour commencer, donnons une définition succincte (et centré sur le thème de la violence) de l’anarchie : « Il est possible d’affirmer que le projet anarchiste est précisément l’élimination de la violence de l’organisme social et, par conséquent, également l’abolition des rapports de domination et de toute structure hiérarchisée de la société, ces dernières n’étant jamais que les formes ritualisées et institutionnalisées d’une violence toujours présente, mais de manière plus indirecte. L’anarchie signifie d’une part la fin de l’accaparement de la violence légitime par une communauté d’individus (abolition de l’État) et d’autre part l’élimination de l’utilisation de la violence et de tous les autres moyens coercitifs comme prétendus remèdes sociaux. Elle ne se limite donc pas à l’abolition de l’État, elle est réellement une nouvelle forme d’organisation sociale (qui reste à élaborer dans le futur et que l’on prépare dans le quotidien) ». (Xavier Bekaert, Anarchisme, violence, non-violence)

À Gênes, tous les manifestants violents n’étaient pas anarchistes, et tous les anarchistes n’ont pas été violents. L’immense majorité des libertaires se trouvaient dans les cortèges dits pacifistes et étaient regroupés au sein du collectif « Anarchistes contre le G8 ».Les membres de ce collectif luttaient, à leur manière, contre toutes les formes de violences, qu’elles soient capitalistes ou étatiques : chômage, précarité, inégalité, rapport dominant-dominé, répression ? Si une partie du mouvement anarchiste recours à l’action violente, celle-ci n’est pas gratuite et se focalise sur des symboles du capitalisme (grandes banques, Mc Donald, magasins de luxe) ou de l’État (commissariat). Du point de vue des anarchistes formant les Black Blocs, l’action de rue est une défense face à la violence quotidienne du système capitaliste et étatique. Si nous comprenons les motivations de ces actions offensives face à des symboles de l’oppression, nous, groupe de Strasbourg de la Fédération Anarchiste, ne les reconnaissons pas comme nôtres.

Pour nous, la violence est le pire des moyens d’action. Il ne fait appel ni à la réflexion, ni à la conscience. Qui dit violence, dit domination et, par conséquent, inégalité entre les individus. Aussi nous essayons, dans la mesure du possible, d’être non-violents. Nous ne voulons pas d’une société qui règle ses différents par le conflit. C’est ainsi que dans notre lutte contre l’État (qui a le monopole de la violence d’un point de vue légal), nous privilégions la non-violence. Les conflits sont inévitables. Mais nous estimons que le degré d’avancement d’une société peut se mesurer à sa capacité à les gérer de manière non-violente et radicale (en s’attaquant à la racine). En utilisant la violence, on ne fait que superposer un nouveau conflit à celui que l’on cherche à résoudre. La forme étatique et capitaliste de nos sociétés porte en elle les germes de la violence. La structure hiérarchique est l’une de ces manifestations. Elle engendre un rapport de force constant. Une société où règnerait l’égalité sociale se prémunirait de ce type de conflit et faciliterait les relations entre les individus. Nous pensons que les moyens influent sur la fin. C’est pour cette raison que nous croyons que l’anarchie viendra moins d’une révolution violente que d’une évolution graduelle. Lutter par la violence contre la violence, ne fait que légitimer cette dernière. Ainsi nous privilégions d’autres formes d’action directe telle que la désobéissance civile, l’abstention, la grève générale et auto-gestionnaire (c’est-à-dire en redémarrant la production au profit des travailleurs). Néanmoins, nous sommes conscients qu’il existe des moments où il ne reste que ce moyen pour se défendre. Ainsi en 1936, des centaines de milliers d’anarchistes espagnols ont pris les armes contre les franquistes. Il s’agissait pour eux de défendre leur liberté, et surtout la libre mise en commun des terres et des moyens de production. Combat souvent continué en France, sous l’occupation, au sein du FTP-MOI (Franc Tireur Partisan - Main d’oeuvre Immigrée).

Tout en préconisant la non-violence, les anarchistes estiment que c’est aux individus de prendre leurs responsabilités et de déterminer les moyens d’action les plus appropriés face à une situation donnée.

En parlant de la non-violence

Le stade le plus proche de l’anarchie pure serait une démocratie basée sur la non-violence. Gandhi (De Harijan, 13 janvier 1940)
Si les hommes sont des êtres raisonnables, alors leurs relations doivent être basées sur la raison, sur l’esprit, et non sur la violence des hommes qui par hasard ont accaparé le pouvoir. Et c’est pourquoi la violence du gouvernement ne peut se justifier en aucun cas. Léon Tolstoï (Rayons de l’aube)
On ne le dira jamais assez, l’anarchisme, c’est l’ordre sans le gouvernement ; c’est la paix sans la violence. C’est le contraire précisément de tout ce qu’on lui reproche soit par ignorance, soit par mauvaise foi. Hem Day ("Violence - Non-violence - Anarchie", dans L’Unique n° 54, 55 et 58, en 1951)
La violence défensive peut quelque fois paralyser une violence offensive. Mais ne la considérez-vous pas comme une défaite ? Elle vous force à descendre sur le terrain de l’adversaire, à adopter ses méthodes et ses moyens. Utile quelque fois contre telle violence déterminée, elle ne saurait détruire le principe même de la violence et diminuer la violence en général ! Han Ryner
Ce n’est pas en violantant et en frappant les hommes que nous voulons affranchir que ce but rénovateur sera atteint. Ils croiront d’avantage, au contraire, à la nécessité du despotisme, et approuveront toutes les entreprises liberticides dirigées par les meneurs d’hommes contre les indisciplinés. André Lorulot (Les théories anarchistes)
L’ensemble des théoriciens anarchistes qui ont écrit sur la violence admettent qu’elle n’a rien à voir avec les principes mêmes de l’anarchie. Certains reconnaissent qu’elle peut ou doit être utilisée dans la lutte libératrice comme moyens d’action, sans jamais en faire un principe intangible. Tolstoï

Source : http://fastrasbg.lautre.net/?L-anarchisme-et-la-non-violence

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Published by C. Arnoult - dans Autour de HR
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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 22:02

“Les Partisans”

Revue de combat, d'Art, de Littérature et de Sociologie

sous la direction de Paul Ferniot et Paul-Redonnel

Collection disponible sur Gallica

Numéros : [1] [2] [3] [4] [5] [6] [7] [8] [9] [10]

N°1 — 5 Novembre 1900 [Premier volume]

Idées et combats :

  • Paul Redonnel : La Parade 1
  • Les Controverses d'Alpha et d'Omega : Sur la guerre de Chine 4
  • Léon Bloy : Le Fiasco de 1900 7
  • Edouard Beaufils — La Vie Sentimentale : L'Ecole Mixte 11
  • Laurent Tailhade — Les Kalendes et les Ides 15
  • Han Ryner — Les Proses [Je m'accuse, par Léon Bloy ; La Terre éternelle, roman philosophique et lyrique, par Paul-Louis Garnier ; Les Trois Fleurons de la Couronne, par Albert Boissière ; La Grammaire Française, par Jean S. Barès ; Margarett, étude sur les maisons de rendez-vous, par Gabriel Martin] 20
  • J. Charles-Brun — Les Poèmes [déclaration d'intention ; Quelques Portraits-Sonnets de femmes, par Miss Natalie Clifford-Barney ; La Maison, poème, suivi des Cloches, par Georges Bouyer ; Les Vendanges de Vénus, par Ernest Gaubert] 29
  • Maurice Laurent — La Décentralisation 35
  • R. Sainte-Marie — L'Art mystique 39
  • Albert Boissière — Critique dramatique : [déclaration d'intention + Le Music-Hall, le Cirque et la Boîte à musique] 42
  • Henry Eon — L'Art moderne [déclaration d'intention] 45
  • Pierre Dombasle — Art décoratif et ameublement 49
  • Paul-Hubert — Les Revues [Mercure de France (Octobre 1900) ; L'Humanité Nouvelle (Octobre 1900) + memento] 51
  • F. de Beaurepaire-Froment — Courrier d'Occitanie 56

Illustrations :

  • Couverture et vignettes de Louis Payret-Dortail
  • Les Livres Illustrés :
    • Porte intérieure du Palais de Delhi [L'Inde, par Paul Ferniot] 6
    • Méphistophélès et Faust au Sabbat [d'après un dessin de Retzsch dans Les Sciences Maudites de la série "Monographies artistiques, littéraires et scientifiques" de La Maison d'Art] 10
    • Deux dessins de J.-L. Rame : Eglise d'Ecageul et Le Soir [J.-L. Rame, par Albert Boissière] 14
    • Croquis inédit de Charles Léandre [Léandre et son œuvre, de la série "Monographies artistiques, littéraires et scientifiques" de La Maison d'Art] 18
  • Dessin de Paul Cirou pour le faire-part de la création de La Maison d'Art 34
  • Léda, dessin inédit de François Maréchal 36

[Non paginé : Aministration ; Sur les matières qui seront traitées régulièrement dans Les Partisans (trois pages) ; Editions de la Maison d'Art (notamment Les Modes Féminines du XIXe par Henri Boutet — réclame sur une page entière), Bulletin d'abonnement]

N°2 — 20 Novembre 1900 [Premier volume]

Idées et combats :

  • Emile Boissier : Les Bathylles modernes [sur le mauvais goût des contemporains] 57
  • Les Controverses d'Alpha et d'Omega : Sur la dépopulation 61
  • Laurent Tailhade — Les Kalendes et les Ides 64
  • Bouquiniana — Curiosités historiques 70
  • Paul Ferniot — Bibliophilie [L'Augusta, par Maurice Sand ; Les Dimanches d'un Bourgeois de Paris, par Guy de Maupassant ; Tristan et Iseut, par Jean Bédier] 71
  • Han Ryner — Les Proses [Imbéciles et Gredins, par Laurent Tailhade ; La Fraude, par Maurice Montégut ; L'Inde, par Paul Ferniot ; Les Sciences maudites, sous la direction de Jollivet-Castelot, Paul Ferniot et Paul-Redonnel ; Kirris, roman philosophique, par O. Micronn] 73
  • Albert Boissière — Critique dramatique : [La Guerre en dentelles, drame en 5 actes et 7 tableaux, de M. G. d'Esparbès ; La Poigne, pièce en 4 actes de M. Jean Jullien + échos + Le Music-Hall, le Cirque et la Boîte à musique] 84
  • Pierre Dombasle — Art décoratif et ameublement 87
  • Me E.-G. Dours — Le Palais des tribunaux 91
  • Paul-Redonnel — Les Journaux [Le Petit Parisien, 20 Octobre 1900 ; L'Eclair, 21 Octobre 1900 ; Le XIXe, 22 Octobre 1900] 95
  • Paul-Hubert — Les Revues [Les Temps nouveaux (20 au 26 Octobre), La Vogue, 15 Octobre] 98

Illustrations :

  • Couverture et vignettes d' Alexis Mérodack-Janeau
  • Les Livres illustrés : Une pointe-sèche de Henri Boutet [tiré de Les Modes Féminines du XIXe siècle] 89
  • Du même : un dessin [plus ou moins humoristique...] 100

[Non paginé : Aministration ; Sur les matières qui seront traitées régulièrement dans Les Partisans (trois pages) ; Editions de la Maison d'Art (notamment Les Modes Féminines du XIXe par Henri Boutet — réclame sur une page entière), Bulletin d'abonnement]

N°3 — 5 Décembre 1900 [Premier volume]

Idées et combats :

  • Han Ryner : L'Ame de la Pendule [conte] 101
  • Les Controverses d'Alpha et d'Omega : La Surintendance des Beaux-Arts 106
  • Paul-Redonnel : Baie ouverte sur les Odes aux Broussailles [poème] 109
  • Laurent Tailhade — Les Kalendes et les Ides 110
  • Han Ryner — Les Proses [Le Pays Natal, par Henry Bordeaux ; Histoire de l'Ecole Française de paysage, par Georges Lanoë et Tristan Brice ; Lettres à Angèle, par André Gide ; L'Occultisme contemporain, le Fakirisme, le Brahmanisme, par Charles Godard ; La Visitation, par Paul-Louis Garnier ; La Bagatelle, par Alexandre Meunier] 116
  • Bouquiniana — Curiosités historiques 125
  • Albert Boissière — Critique dramatique : [Les Petites Vestales, opéra-bouffe en trois actes (paroles : MM. Depré et Bernède — musique : MM. Le Roy et Justin Clérice) + Le Music-Hall, le Cirque et la Boîte à musique] 126
  • Henry Eon — L'Art moderne [Mme Hermione von Preuschen ; Exposition Lachenal ; Exposition de Claude Monet] 132

Illustrations :

  • Couverture et vignettes de Paul Guignebault
  • Illustrations d' Alexis Mérodack-Jeaneau pour L'Ame de la pendule
  • Ornements typographiques de Louis Payret-Dortail pour Baie ouverte sur les "Odes aux Broussailles"
  • Portrait de J. Clérice 127
  • Les Affiches illustrées : Jane Othello, par Paul Berthon 129

[Non paginé : Aministration, Les Modes Féminines du XIXe par Henri Boutet (réclame sur une page entière), Editions de la Maison d'Art, Sommaires des anciens numéros, Bulletin d'abonnement]

N°4 — 20 Décembre 1900 [Premier volume]

Idées et combats :

  • J. Charles-Brun : Un chapitre d'Histoire littéraire [à propos de ch. II (Les Poètes 1850-1900) du VIIIè volume de l'Histoire de la Langue et de la Littérature françaises des origines à 1900, par Henri Chantavoine] 133
  • Les Controverses d'Alpha et d'Omega : Les Combats singuliers [la question du duel] 137
  • Gabriel Tallet — La Politique 139
  • R. Sainte-Marie : Consolations à Des Grieux [apologue] 142
  • C. Poinsot et A. Mérodack-Jeaneau : La Foule et la Beauté [sur l'art et le peuple] 144
  • Han Ryner — Les Proses [Un Gentilhomme  de lettres au XVIIe siècle : Honorat de Bueil, seigneur de Racan, par Louis Arnould ; L'Aventureuse, par Matilde Serao ; Drames et cancans du livre, par F. Fertiault ; Bartek le Victorieux, par Henrick Sienkiewicz] 148
  • J. Charles-Brun — Les Poésies [A l'Ombre du portique, par Louis Payen ; Poèmes, par Serge Raffalowich ; Au jardin de mon cœur... Chansons pour elles, par Alexandre Dréville ; + écho sur Le Salon des Poètes à la La Bodinière] 154
  • Albert Boissière — Critique dramatique : [A propos de Mlle Suzanne Desprès ; Sylvie ou la Curieuse d'amour, pièce en 4 actes de M. Abel Hermant ; La Bonne d'enfant, de MM. André Sylvane et Jean Gascogne ; L'huis-clos malgré lui, de M. Ernest La Jeunesse] 159
  • Jean Huré — La Musique : La Musique de l'avenir 165
  • Henry Eon — L'Art moderne : Etrennes [+ échos divers : une conférence sur Auguste Rodin par Edmond Picard, expositions de la Société internationale de Peinture et de Sculpture, de la Société des Artistes Indépendants, exposition Chamaillard] 173
  • Philip Jamin — Lettre de Genève : L'Art Romand 177

Illustrations :

  • Couverture : Composition de Paul Berthon au recto, vignette d' Armand Rassefosse
  • Vignettes nouvelles de Paul Guignebault, Alexis Mérodack-Jeaneau, Louis Payret-Dortail
  • Les Affiches illustrées : L'Assommoir, affiche de Steinlen 161
  • Les Réclames illustrées : les cuirs, les reliures, les coussins, les étoffes d'art de Louis Payret-Dortail 172

[Non paginé : Aministration, Editions de la Maison d'Art, Sommaires des anciens numéros, Bulletin d'abonnement]

N°5 — 5 Janvier 1901 [Premier volume]

Idées et combats :

  • Paul-Redonnel : L'Echelle d'Amour, roman historique et d'aventures
    • I. Le Pot de terre et l'Urne de fer 181
    • II. Le coup de main 188
  • Les Controverses d'Alpha et d'Omega : Coupé en morceau [sur la culpabilité effective de l'assassin, du délateur et du juge] 191
  • Xavier Privas : Promenade en Mer [chanson inédite du Prince des Chansonniers] 193
  • Laurent Tailhade : Les dernières chansons de Xavier Privas 195
  • Han Ryner — Les Proses [La Culture des Idées, par Rémy [sic] de Gourmont ; La Coutume de Paris, par V. A. Poulenc, avocat à la Cour d'appel ; L'Action syndicale et les Anarchistes, par Paul Delesalle et Le Coopératisme et le Néo-coopératisme, par les E.S.R.I.] 206
  • Paul Ferniot — Histoire et Géographie : La Fin du Siècle [Conquête de Madagascar (1895) ; Guerre d'Abyssinie (1895) ; Guerre Hispano-Américaine (1895-1898) ; Insurrection Crétoise (1897) ; Guerre Turco-Grecque (1897) ; Guerre du Soudan (1896-1898) ; Guerre du Transvaal (1898-19..) ; Guerre de Chine (1900-19..)] 213
  • Henry Eon — L'Art moderne : Lettre ouverte à M. Chauchard 224
  • Paul-Redonnel — Les Journaux : Lettre ouverte de J. Charles-Brun à M. Maurice Bouchor 226
  • A. D. Bancel — Sociologie : Pour la neutralité [syndicats et coopératives doivent-ils adhérer à un parti ?] 231
  • F. Jollivet-Castelot — Les Sciences Sacrées : L'Occultisme et la Magie 235
  • Albert Boissière — Critique dramatique : [La Blessure, comédie en 4 actes de M. Henry Kistemækers ; Le sous-préfet de Château-Buzard, comédie-vaudeville en 3 actes de M. Gandillot (reprise) et L'Ane de Buridan, comédie en un acte de M. Bornis-Charancle] 243
  • Pierre Dévoluy — Courrier d'Occitanie : Communications de Provence 246

Illustrations :

  • Couverture et Vignettes de Gaston Noury
  • Tête de chapitre d' Alexis Mérodack-Janeau pour L'Echelle d'Amour 181
  • Musique autographe de Xavier Privas 193
  • Portrait de Xavier Privas 194
  • La Tentation, dessin inédit de François Maréchal 212
  • Carte d'invitation au Ve dîner des Partisans, de Paul Guignebault 228
  • Léda, par Gaston Noury 230
  • La Sieste et Etude de nu, dessins inédits de François Maréchal 240
  • La Fête des Rois en 1901, dessin inédit de Blanchet-Magon 251

[Non paginé : Aministration, Editions de la Maison d'Art, Sommaires des anciens numéros, Bulletin d'abonnement]

N°6 — 20 Janvier 1901 [Premier volume]

Idées et combats :

  • Hugues Rebell : Balzac et les soldats de l'Empire 253
  • Les Controverses d'Alpha et d'Omega : Le bon juge [fait suite à la controverse du numéro précédent] 259
  • Gabriel Tallet : Le Retour, poème 261
  • Edouard Beaufils — La Vie sentimentale : La recherche de la paternité 263
  • Han Ryner — Les Proses [Pages choisies de Paul Bourget ; L'Art en silence, par Camille Mauclair ; Les chefs-d'œuvre du théâtre espagnol ancien et moderne (tome I : Lope de Vega, Tirso de Molina, Augustin Moreto), trad. Clément Rochel ; "Tosta" et discours, par J. Charles-Brun] 266
  • R. Sainte Marie — L'Art mystique : L'Œuvre martiniste 274
  • Henry Eon — L'Art moderne : Exposition des femmes artistes 277
  • Pierre Dombasles — Arts décoratifs et ameublement [Dembas] 279
  • Me E.-G. Dours — Le Palais des tribunaux 283
  • Paul-Redonnel : L'Echelle d'Amour, roman (suite)
    • II. Le coup de main (suite) 289
    • III. Le fanatisme de deux pagans portugais 293
    • IV. Un hôte autoritaire 296

Illustrations :

  • Couverture, vignettes et culs-de-lampe de Louis Payret-Dortail
  • Portrait de L. Claude de Saint-Martin 275
  • Fleur d'asphalte, dessin inédit de Baric 282
  • La dernière conquête de la civilisation sur la barbarie, dessin inédit de Blanchet-Magon 288

[Non paginé : Aministration, Editions de la Maison d'Art, Sommaires des anciens numéros, Bulletin d'abonnement]

N°7 — 5 Février 1901 [Premier volume]

Idées et combats :

  • Jules de Marthold : Jean Tild 301
  • Les Controverses d'Alpha et d'Omega : Diplomatie = duplicité [la Conférence de la Haye] 310
  • Léon Durocher : Légendes occi-dentistes — La Vache Enragée [conte] 312
  • Miss Tea — La Chronique Mondaine [déclaration d'intention] 316
  • Han Ryner — Les Proses [Dix années de philosophie, par Lucien Arréat ; L'Esclavage moderne, par Léon Tolstoï ; L'Education et la liberté, par Manuel Devaldès ; En regardant la vie, par Alice Canova ; Un Homme d'affaires, par Paul Bourget] 317
  • Jacques Brieu — Philosophie [Unité, attraction, progrès, par M. Gayvallet] 323
  • Henry Eon — L'Art moderne [Exposition Pissaro ; Exposition Paul Jobert ; Cercle Volney ; Exposition Cézanne] 327
  • Paul Ferniot — Critique dramatique [La Petite Paroisse, pièce en quatre actes et six tableaux de MM. Alphonse Daudet et Léon Hennique ; Les Rouges et les Blancs, drame en cinq actes et six tableaux par Georges Ohnet ; Le Bossu ou le Petit Parisien, drame à grand spectacle en cinq actes et dix tableaux, par Anicet Bourgeois et Paul Féval] 329
  • Noël — Lettre d'Allemagne : Carnet Saxon — Romance de l'Elbe 334
  • Paul-Redonnel : L'Echelle d'Amour, roman (suite) :
    • IV. Un hôte autoritaire (suite) 336
    • V. La terreur d'un paysan 340
    • VI. Antonio 348

Illustrations :

  • Couverture, vignettes et culs-de-lampe de M. Jean Tild
  • Croquis et dessins divers du même, dont :
    • Etude de nu 302
    • Clair-Obscur 303
    • Au coin du feu 304
    • Jeune fille au boa 305
    • Sur le quai 307
    • Têtes d'homme 308
    • Sous le Pont-Neuf 309
    • La Sieste 332
    • Femme au manchon 333
    • Nourrice 335

[Non paginé : Aministration, Bulletin d'abonnement, Sommaire, Echos et Communications, Liste des rubriques courantes, Les Editions de la Maison d'Art, Carte d'invitation à un dîner par Paul Guignebault et Henri Boutet, Réclames diverses (cuirs, étoffes, etc. de Louis Payret-Dortail, Librairie H. Floury, Courrier de la Presse, Bibliothèque Chacornac, The Artist, Taverne du Panthéon)]

N°8 — 20 Février 1901 [Premier volume]

Idées et combats :

  • Paul-Redonnel : L'Echelle d'Amour, roman (suite)
    • VI. Antonio (suite) 349
    • VII. Chez la Magicienne 357
  • Les Controverses d'Alpha et d'Omega : Un Génie inconnu [à propos du peintre Le Marcis] 366
  • Han Ryner — Les Proses [Jude l'obscur, par Thomas Hardy ; Les Tronçons du glaive, par Paul et Victor Margueritte ; Contes amers, par Henry Bauquier] 369
  • J. Charles-Brun — Les Poèmes [à propos de la critique de Han Ryner du numéro précédent ; L'Aiglon, par Edmond Rostand ; Aux tournants de la Route, poèmes, par Paul-Hubert ; Salut à Saint-Saëns, par Henri Bauquier ; Seule, par Wilhelmine de Zutphen] 378
  • Miss Tea — La Vie mondaine 388
  • Henry Eon — L'Art moderne [Cercle de l'Union Artistique ; M. Maurice Courant ; Exposition Charles Guilloux] 391
  • Albert Boissière [- Critique dramatique] : Silhouettes d'Artistes [Mlle Germaine Gallois, M. Lucien Noël, Mlle Reine Sarth, M. Soums dans La Mascotte, opérette d' Audran] 393

Illustrations :

  • Couverture, vignettes et culs-de-lampe par François Maréchal
  • Du même :
    • Projet de couverture 377
    • Lettres ornées :
      • S 365
      • J 368
      • C 372
      • O 380
      • U 396
  • Les Livres illustrés : Aux tournants de la route, par Paul-Hubert [dessins de Paul-Hubert, J. Durand, L. Payret-Dortail, et mascaron de Ludwig Guigues] 384
  • Louis Payret-Dortail : portraits-charges de :
    • Mlle Reine Sarth 394
    • M. Soums 395

[Non paginé : Administration, Bulletin d'abonnement, Les Partisans et la Presse, Sommaire, Avis divers, Liste des rubriques courantes, Editions de la Maison d'Art (notamment Les Modes Féminines du XIXe par Henri Boutet — réclame sur une page entière), Réclames diverses (cuirs, étoffes, etc. de Louis Payret-Dortail, argenterie A. Debain, Courrier de la Presse, Bibliothèque Chacornac, The Artist, Taverne du Panthéon)]

N°9 — 5 Mars 1901 [Deuxième volume]

Idées et combats :

  • Ludovic Réhault : L'Art et l'Argent [l'artiste doit faire métier de son art] 2
  • Jacques Fréhel : La Fille d'Amentou [conte] 7
  • Paul-Hubert : Aux tournants de la Route (extraits) 12
  • Marc Mouclier : Au Musée du Louvre 15
  • Han Ryner — Les Proses [Le Feu, par Gabriele d'Annuzio ; Médaillons de Poètes 1800-1900, par Emile Trolliet ; La Bague de Plomb, par Georges Maurevert ; Autour du XVIIe siècle, par Pierre Brun ; L'Homme qui voulut être roi, par Rudyard Kipling ; Mariette la Mendiante, par Touny-Léris] 18
  • Miss Tea — La Vie mondaine 29
  • R. de Sainte Marie [- L'Art mystique] : Le Guide du parfait mari 32
  • Henry Eon — L'Art moderne [Exposition Ronner ; L'Art dans tout] 34
  • Clodomir — Courrier d'Allemagne [sur les relations anglo-allemandes] 36
  • Paul-Redonnel : L'Echelle d'Amour, roman (suite)
    • VII. Chez la Magicienne (suite) 38
    • VIII. Parallèlement 39
    • IX. Colloques à l'Homme-Mort et ailleurs 45

Illustrations :

  • Couverture, vignettes et culs-de-lampe d' Alexis Mérodack-Jeaneau
  • Qui s'y frotte, s'y pique ! dessin inédit de C. Léandre [sur la guerre du Transvaal] 1
  • Portrait de Monsieur B., par Alexis Mérodack-Jeaneau 6
  • Vignettes de J. Durand [pour illustrer les extraits de Au tournant de la Route, par Paul-Hubert]
  • Portrait de Monsieur X., par Alexis Mérodack-Jeaneau 14
  • Portrait-charge de M. Paul Ferniot, par C. Léandre 17
  • Les Livres illustrés : Couverture de Steinlein pour La Bague de Plomb de Georges Maurevert 24
  • Dessin inédit de Blanchet-Magon 28

[Non paginé : Contenu semblable à celui du précédent numéro]

N°10 — 20 Mars 1901

Idées et combats :

  • Paul-Redonnel : Pierre-Eugène Vibert 49
  • Les Controverses d'Alpha et d'Omega : Suicide [de l'opprobre qui frappe le suicidé] 56
  • Edouard Beaufils : L'Aventure sentimentale [poème] 58
  • Han Ryner — Les Proses [La Vérité en marche, par Emile Zola ; Testament poétique, par Sully-Prud'homme ; Les chefs-d'œuvre du théâtre espagnol ancien et moderne (tome II : Calderon, Alarcon), trad. Clément Rochel ; La religion des Contemporains, par l' abbé L.-Cl. Delfour 60
  • J. Charles-Brun — Les Poèmes [Occident, par Lucie Delarue-Mardrus ; Dans l'idéal et dans la vie, par Touny-Léris ; La Fée Ivresse, trilogie, par R. Francheville] 70
  • Henry Eon — L'Art moderne [Union des Femmes Peintres et Sculpteurs ; Les Arts Réunis ; Maufra ; Société Nouvelle] 76
  • F. Jollivet-Castelot — Les Sciences Sacrées : L'Elixir de longue vie, La Thaumaturgie 81
  • Bouquiniana — Curiosités historiques 85
  • Paul-Redonnel : L'Echelle d'Amour, roman (suite)
    • IX. Colloques à l'Homme-Mort et ailleurs (suite) 87
    • X. Colloques au Palais Royal 89
    • XI. Bagarres 93

Illustrations :

  • Couverture, vignettes [notamment Homère et Virgile p. 49, Dante p. 50] et culs-de-lampe de Pierre-Eugène Vibert
  • Du même :
    • Idylle sous bois, bois gravé 51
    • Autoportrait 53
    • Le Christ à la porte du Temple 55
    • La Danse des Faunes, croquis 56
    • Le Joug 57
    • La Bûcheronne, bois gravé 59
    • Son Altesse la Mort 60
    • Croquis pour un menu [des pendus...] 63
    • Fin de Journée 70
    • Le Saule 75
    • Affiche pour "Les Arts Réunis" 80
    • Le Chiffonnier 86

[Non paginé : Contenu semblable à celui du précédent numéro]

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 21:50

On a pu lire dans le précédent billet le compte-rendu par Han Ryner des Sciences Maudites paru dans le n°2 de Les Partisans.

Cette revue ne connut semble-t-il que dix numéros (du 5 novembre 1900 au 20 mars 1901) mais nous intéresse au plus haut point compte-tenu de la qualité de ses collaborateurs. Outre la copieuse rubrique de critique des proses tenues par Ryner, on peut y lire des contributions de Léon bloy, Laurent Tailhade, Hugues Rebell... Emile Boissier aussi, dont on a parlé ici. Tout cela m'a donné envie de me plonger un peu dans la collection disponible sur Gallica. J'en ressors avec une bibliographie qui me servira bien pour Ryner et que je mets en ligne au cas où elle puisse servir à d'autres.

La revue fut fondée et dirigée par Paul Ferniot et Paul-Redonnel, et éditée par La Maison d'Art des mêmes Ferniot et Redonnel. La Maison d'Art édita L'Homme-Fourmi (cf. ce billet).

Une recherche rapide ne m'a pas apporté beaucoup de renseignements sur Paul Ferniot. Le catalogue de la BNF, outre la collection des Partisans, ne mentionne que deux ouvrages parus l'un comme l'autre en 1900 : Les Sciences Maudites déjà cité, et L'Inde dont je donnerai le compte-rendu par Ryner dans un prochain billet. Il est le destinataire d'un envoi gratiné du Désespéré par Léon Bloy (cf. cet article dans Histoires Littéraires, qui dit de lui dans son journal : "Rencontré chez le curé un hypnotiste, spiritiste ou occultiste, — je ne sais comment nommer l'animal, — qui se déclare bon chrétien et dégaine volontiers son chapelet." (Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne, 17 août 1900). Ferniot et Redonnel éditèrent à la Maison d'Art l'éreintement d'Emile Zola par Bloy intitulé Je m'accuse et auraient sans doute aussi publié Belluaires et porchers si la Maison n'avait fait faillite. Notons encore que Bloy qualifia Les Partisans de "périodique d'une stupidité ingénieuse qui n'a pu vivre que quelques mois" !

J'ai déjà donné ici quelques renseignements sur Paul Redonnel, qui entretenait avec Ner puis Ryner des relations apparemment tout à fait amicales. Je reparlerai de Redonnel écrivain lorsque je mettrai en ligne l'étude de Prostitués qui lui est consacrée. Rappelons seulement que Redonnel fut secrétaire de La Plume jusqu'au décès de Léon Deschamps, et qu'il quitta cette revue suite aux mauvais rapports qu'il avait avec le nouveau directeur Karl Boès. La fondation des Partisans suit de peu cette rupture, et l'on y retrouve quelques habitués de La Plume, tels Henry Eon, Albert Boissière, Hugues Rebell, Louis Payret-Dortail, J. Charles-Brun, etc.

Enfin, dévoilons l'identité des auteurs des "Controverses d'Alpha et d'Omega" : Alpha est Paul Redonnel, Omega est Han Ryner (renseignement donné par Daniel Lérault, merci à lui !).

Avant la biblio proprement dite (publiée dans un autre billet, faute de place), on trouvera deux textes de présentation de la revue : Sur les matières qui seront traitées régulièrement dans “Les Partisans” et La Parade par Paul-Redonnel.

[Sur les matières...]  [La Parade]   [Bibliographie]


Sur les matières qui seront traitées régulièrement dans “Les Partisans”

Sans aucune crainte de faillir à nos promesses, dût-on nous traiter de présomptueux, nous allons tâcher ici d'ennuyer un peu nos contemporains. Nous parlons de ceux qui manquent de goût, qui se complaisent dans l'apathie et consentent à ne donner aucune nourriture à leur esprit. Nous irons les troubler dans leur égoïsme, non parce que nous importe leur paresse et nous gêne leur personnalité mais parce que nous jugeons leur influence morbide et néfaste. Pour faire triompher nos idées, nous ne nous sommes pas bornés à nous entourer des collaborateurs de talent que vous jugerez mieux par la lecture de leurs articles que par ce que nous pourrions en dire. Pour faire germer la bonne semence, nous avons su nous attirer la sympathie des jeunes gens d'élite et les applaudissements des hommes mûrs. Tous sont prêts à l'action ; déjà un certain nombre s'est mis en campagne avec l'aide, en outre, de ceux que ne satisfait pas entièrement l'admiration ombilicale du voisin ; et nous verrons bien si la lettre a tué l'esprit, si la gloriole suffit à l'étroitesse des cerveaux et si la curiosité du feuilleton a vraiment supplanté l'intérêt des grandes oeuvres.

Nous ne mentionnerons point le nom de tous nos collaborateurs ; ce faisant, nous en oublierions et nous ne voulons pas en passer, même si ceux qu'on passe sont des meilleurs. C'est une adresse de rhéteur dont nous nous soucions, et voici, pour mémoire, nos rubriques courantes avec le nom des écrivains qui ont bien voulu s'en charger :

Les Controverses d'Alpha et d'Omega — nous vous dirons tout de suite ce que sont ces deux masques : — deux êtres, camarades d'école, s'étant jadis beaucoup aimés, ayant éprouvé les mêmes sensations d'art, mais différant de religion ; l'un s'est fait prêtre, l'autre est un pasteur évangélique. Ils se sont trouvés, après une séparation de quelques années dans notre maison amie comme s'ils s'y étaient donné rendez-vous, se sont reconnus, et apprenant la naissance des « Partisans » nous ont demandé si nous voulions « de leur collaboration ». Nous avons accepté. Ces deux masques ne grimacent plus à l'unisson, comme jadis, mais l'intérêt de leur dispute y gagnera.

Hugues Rebell nous donnera sous ce titre : Les Faiseurs, une série d'articles sur les « intrus en art et en littérature ». Edouard Beaufils nous entretiendra de la vie amoureuse de naguère et d'aujourd'hui ; Gabriel Tallet a cette tâche difficile et ardue, dont il s'acquittera talentueusement, de nous intéresser à La Politique. Le virulent écrivain, exquis poète, Laurent Tailhade nous tiendra au courant de la vie. Han Ryner, aimé des dieux, et haï des amazones pour le célèbre massacre qu'il en fit, critiquera les oeuvres de prose. Un nigaud seul pourrait prétendre que nous pouvions faire un meilleur choix. J. Charles-Brun glosera « à frimas » sur les poèmes et les oeuvres en vers ; vous savez que c'est un parfait lettré, n'est-ce pas ? Bouquiniana rajeunira les petits côtés intéressants de la « Chronique historique ». J. Brieu qui veut concilier les philosophies nous parlera congrûment des philosophes, et Bancel résoudra quelques problèmes de Sociologie. Maurice Laurent prendra bien soin, je vous le jure, de nous tenir au courant de la décentralisation ; et un érudit di primo cartello, si je puis m'exprimer ainsi, Alphonse Roque-Ferrier, nous a promis de nous envoyer quelques articles sous cette rubrique : Romania, Traditions, Folklore ; Le sceptre de la fantaisie et de la haulte liesse sera tenu par Léon Durocher, Jules de Marthold et Jacques Ferny.

Nous remercions Jollivet-Castelot de vouloir bien continuer aux « Partisans » la brillante collaboration qu'il assura, un an durant, à une revue aujourd'hui agonisante par suite du décès de son directeur et de notre démission. Par M. Jollivet-Castelot, le Docteur Rozier voudra bien nous envoyer quelquefois des articles sur la magie. Ceux de nos lecteurs qui possèdent notre monographie « Les Sciences Maudites », jugeront de quel vif intérêt seront ici les articles du Docteur Rozier. En Paul Ferniot, passionné d'histoire et de géographie, les historiens auront un critique avisé et sûr. Pour la sorcellerie, Paul-Redonnel... mais vous ne voudriez pas que nous vous parlions de nous. Nous nous rattraperons, d'ailleurs, sur cet oubli... volontaire ; nous nous donnerons des échos, suivant, en ceci, l'exemple de ceux qui soignent leur petite gloire et comme eux nous dirons que nous sommes géniaux afin que d'autres pensent à nous le dire. R. Sainte-Marie (ce nom n'est pas un pseudonyme) — est un jeune fort calé sur la mystique. Il nous dira donc toujours des choses intéressantes. Louis Braun impeccablement nous tiendra au courant des découvertes et des inventions et Marcel Bidault de l'Isle a cette rubrique qui peut paraître ingrate et qui ne l'est pas : Les Sciences naturelles. Edouard Beaufils et Albert Boissière assisteront aux premières et vous en parleront... lecteur à vous en faire venir l'eau à la bouche. Nous avons pour la musique deux collaborateurs, J. Prod'homme et J. Huré, dont vous nous direz des nouvelles. Notre ami Henry Eon est une vieille connaissance de nos lecteurs qui savent quelle clarté il apporte dans ses critiques d'Art ; il nous parlera de l'Art moderne tandis que maître Emile Boissier, un poète exquis, vous communiquera son amour de l'Art ancien. Sous le masque, Suzanne, une artiste modeste qui n'écrit et ne peint que pour elle-même a daigné nous promettre des causeries sur les publications d'Art, V. de Montgacher, sur les bijoux et l'orfèvrerie et Pierre Dombasle, sur l'Art décoratif et l'ameublement.

Nous donnons asile à une rubrique qui a fait s'exclamer nos « Partisans » et amené un sourire de doute sur les lèvres de nos lectrices mondaines et intelligentes. Ils et elles s'intéresseront cependant à cette rubrique car c'est Léon Jardin qui s'en acquittera : l'Art au point de vue industriel. Et puis, nous ferons une place à une chronique de la mode. Entendons-nous, cette chronique ainsi intitulée : La Mode et l'Art, par Edith, sera conçue et traitée au point de vue artistique. C'est avec une grande joie que nous pourrons prendre la défense de l'architecture et des monuments historiques. Paul Leroy est sûr que nous applaudirons à ses coups... de plume et à sa verve. Le problème du bonheur humain, dont les murs des Palais, dits de justice, suintent l'énoncé et content la solution misérable, sera examiné par E. G. Dours. En voici la manchette : Le palais des tribunaux. A côté de ceci, les Journaux par Paul-Redonnel (encore !) et les Revues par Paul-Hubert, notre secrétaire de la Rédaction, auteur de « Verbes mauves » parus et de « Au tournant de la route » à paraître. Nous vous introduirons dans « Les Cénacles» ô lecteurs lointains; nous vous parlerons des livres biblio... philiquement et... graphiquement. Pierre Dévoluy, ce poète trop volontairement silencieux nous écrira de fort intéressantes communications de Provence, et de Beaurepaire-Froment nous tiendra au courant du mouvement en Languedoc ; de Hugues Rebell, poète et romancier, triplé d'un polyglotte, déjà nommé, nous publierons des articles sur la littérature étrangère sans préjudice des courriers de Belgique, de Londres, d'Allemagne, etc., que nous enverront MM. Paul Gourmand, Phlip Jamin, Ch. Snabilié, Xavier de Carvalho... etc. Nos lecteurs pourraient être étonnés de ne pas nous voir donner une place à la poésie, aux contes, aux nouvelles ou au roman. Nous publierons peu de vers et peu de nouvelles. Quant au roman, nous attendrons de pouvoir y consacrer au moins 16 pages.

Paul Ferniot et Paul-Redonnel


La Parade

Partisan de qui ? Partisan de quoi ?

Cette double question nous a été posée indifféremment par des amis et des ennemis. On l'a donnée à ceux qui, volontaires précons de "la Maison d'Art" ont annoncé de vive voix partout où ils se trouvaient la prochaine parution de cette revue. La réponse à faire est simple et parce qu'elle est simple, elle a paru compliquée, car tous ont cru, en se dressant en point d'interrogation, qu'il fallait la sagacité et la présence d'esprit d'Œdipe pour résoudre la difficulté de leur demande. Il faut dire qu'ils entendaient « partisan » au sens qualificatif ; ils le comprenaient singulièrement, et, ayant au préalable consulté le lexique au préjudice de l'histoire, prisaient fort leur érudition. Et puis, l'esprit humain est routinier, n'est-ce pas ? il ne veut pas qu'on se déclare « partisan » si, d'une part, on n'est pas attaché à la fortune de quelqu'un ou de quelque chose, d'un « parti », par exemple, pour ne considérer que l'étymologie, ou si, d'autre part, on n'a pas à faire triompher un programme commun.

Il était plus court de se dire — et c'est pourquoi on ne se l'est pas dit — que des lettrés et des artistes tels que nous, n'accepteraient de mot d'ordre et n'obéiraient à qui que ce fût.

Par conséquent rarement titre de gazette fut plus justifié que celui-ci, si l'on fait exception des titres vagues que, sans raison, certains de nos confrères ont choisis ou achetés.

Nous sommes des partisans parce que nous sommes indisciplinés et que nous allons au combat comme il nous plaît, sans nous soucier du voisin; les uns armés de la fronde qui atteint de loin l'adversaire, les autres du stylet qui exige le corps-à-corps. Et nous voici : troupes irrégulières, qui auront ceci de particulier, de guerroyer loyalement et qui adopteront tel mode d'attaque ou de défense qui leur conviendra, employant les embuscades contre les fuyards ou les traîtres, et, à leur fantaisie, se plaçant aux avant-postes ou se jetant dans la mélée.

Et maintenant, s'il vous plaît, que je vous présente quelques combattants ; je les prendrai dans l'ordre alphabétique pour ne pas chagriner les dictionnaires et puis pour ne point blesser vos préférences, car pour eux, ils ne sauraient prendre ombrage de toute autre méthode.

Attention ! je commence.

*
*  *

Eh ! bien, non, lecteur, je ne commencerai point; s'il est vrai que tu aies la patience de lire ceci, je n'ai point causé avec toi si longuement pour t'attarder à la porte.

Nous sommes tous du « VOYAGE », le bonisseur et la « dernière doublure ». Il y a des haines qu'on doit bannir et des colères qu'il faut apaiser ; laissons donc dormir l'amour-propre. Eh ! que t'importe que celui-ci soit un blasphémateur par amour et celui-là, un libertaire intégral ; l'un, littérateur ropsiaque et l'autre, écrivain catholique ; qu'il soit diplômé des hautes études ou qu'il n'ait aucun parchemin dans son tiroir. Ce qu'il faut, c'est t'intéresser, te persuader et te conquérir.

Seulement, ne t'abuse point ! parce que tu verras ici des écrivains qui se sont, de préférence, houspillés, ne t'attends pas à des batailles intestines. J'ai dit que nous n'acceptions pas de mot d'ordre; mais je dois t'avertir que nous ne tirerons pas, les uns sur les autres... dans notre camp.

Paul-Redonnel

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 15:57

Un billet que j'aurais dû publier en mai dernier. Mais, somme toute, en décembre ça ira bien aussi.


Cliquez pour télécharger l'image en grand.

Liberté, social, pacifiste, libertaire, paraissant tous les mois, c'était le journal de Louis Lecoin, auquel collaborèrent très régulièrement Bernard Clavel et P.-V. Berthier notamment. Ci-dessus la une du numéro de juin 1968.


Petit zoom sur le "mot à un salopard"...


Et voici l'article de la page 5 :

Non, rien n'est perdu !
Les jeunes ont tout leur temps
ils prendront leur revanche

Et ils participeront à l'émancipation des adultes

Il est partisan de la « paix » partout dans le monde, excepté dans son pays.

Poussé à se prononcer, pressé à se décider par ses amis et par ses adversaires, il biaise, il amuse le tapis, et, enfin, il quitte subrepticement l'Elysée pour se rendre dans le camp des armées et se mettre sous la protection des généraux de coups d'Etat.

Ayant ainsi assuré ses arrières, et se sentant lui-même personnellement rassuré, il revient à Paris plastronner, faire le bravache devant le micro, osant prétendre que ses insultes et ses menaces étaient le fruit de 24 heures de méditation. Il oublia bien sûr de parler de sa visite auprès des mercenaires étoilés.

Comme tout le monde, je savais de Gaulle très vindicatif, mais je le croyais très orgueilleux, je le prenais pour un être fier, très autoritaire également, et auquel on ne dictait pas sa conduite. Je n'irai pas jusqu'à le traiter de général en peau de lapin, mais bon Dieu, si c'est ça gouverner, je suis satisfait de m'être toujours dressé contre n'importe quel gouvernement.

Puisqu'un Président de la République, gardien de la Constitution, protecteur des institutions et de la légalité a osé lamentablement en appeler au sabre et à toutes les coquineries d'un Massu, on trouvera bon sans doute et très normal que nous criions, nous, aux soldats : « Crosse en l'air ! jeunes gens, crosse en l'air ! » pour le moins.

*
*  *

Le même Monsieur Elyséen n'en est pas à une contradiction près. Il ne veut pas, par exemple, que la rue bouge et s'agite. La rue, selon lui, n'a pas à imposer des revendications ni à donner des ordres. La rue, pour de Gaulle, c'est la rue, pas grand-chose, c'est de la piétaille qui doit circuler sans murmurer ni protester. Et surtout pas protester contre lui, contre ses agissements, contre sa politique à la petite semaine conçue au jour le jour sans grandeur et ne comportant que des petitesses.

Mais celui qui se prend pour un Louis XIV, qui n'était hier qu'un Louis XVI fuyant vers l'est, demande le secours de la rue pour ses besoins personnels, pour continuer à sévir et à tout gâcher. Et il ordonne que se créent partout en France des groupes d'action civique (des groupes de décerveleurs, un Tixier-Vignancour ne s'y est pas trompé) qui termineraient l'infâme besogne commencée par Massu. Massu ! Vous connaissez : l'ancien colonel du 13 Mai à Alger.

*
*  *

Le Président, je vous le répète, accumule les contradictions. Il pense comme le maréchal Pétain que les Français ont la mémoire courte. Tout de même, il nous plaît de placer son gros nez au-dessus de toutes les immondices accumulées par les privilégiés qu'il protège.

Les dirigeants de la C.G.T. et du Parti communiste sont les principaux fossoyeurs du beau mouvement qui promettait tant. Ils ont insulté, calomnié les étudiants ; ils ont modéré et canalisé la virile action des jeunes. Et si le prolétariat ne perd pas tout dans cette lutte, si des miettes lui sont laissées, il n'aura pas à en remercier les mauvais bergers en question.

En cette affaire, les bolchevistes français auront servi de Gaulle beaucoup plus qu'ils ne l'auront desservi, même si celui-ci s'efforce de feindre le contraire en faisant semblant de les attaquer dans son dernier message. N'est-il pas, en effet, toujours cul et chemise avec les sous-staliniens, actuellement chefs du Kremlin et inspirateurs du Parti communiste de France !

Qu'importe si de Gaulle continue à gouverner ! A gouverner — plus sans doute que nous ne pouvons le supposer — avec, dans l'ombre, l'appui efficace de la Russie.

*
*  *

On a beaucoup parlé Anarchie tous ces temps. Et des anarchistes également.

Les anarchistes sont des hommes ordinaires, des hommes comme tous les autres hommes. Ni inférieurs à la plupart, ni supérieurs non plus, mais ils sont moins bornés que beaucoup, plus attentifs aux mille choses de l'existence et plus au courant de ce qui est bon ou mauvais à la vie dans la société présente ; on ne peut le leur reprocher — même s'ils affirment que ce qui est nuisible aujourd'hui l'emporte de loin sur ce qui est supportable.

On ne sort pas facilement, ni tout à fait, de sa gangue, et les anarchistes qui y ont plus ou moins réussi, n'en tirent pas orgueil, tout au plus désirent-ils que beaucoup les imitent afin que le beau rêve qu'ils portent en eux devienne une réalité pour eux et pour tous les habitants de la planète.

Une réalité qui ne connaîtrait plus d'armées, plus de guerres, qui ne connaîtrait donc pas un régime gaulliste, de Gaulle étant demeuré inconnu puisqu'il n'aurait pas eu à passer la moitié de son temps à faire faire des guerres et l'autre moitié à faire semblant de vouloir réconcilier les anciens belligérants tout en brouillant les cartes de tous.

Et ce qui serait vrai pour la France serait vrai pour tout pays.

D'ailleurs, en vain on chercherait les nations, il n'y aurait plus de frontières.

On chercherait inutilement les régions sous-développées, nulle part il n'y aurait de crève-la-faim.

Nous aurions certainement encore à déplorer de nombreux malheurs, mais qui ne seraient pas, l'anarchie régentant le monde, le fait d'individus.

Vive l'Anarchie !

Mais avant, et pour y parvenir A bas tous les mangeurs d'hommes !

Louis Lecoin


Dans le numéro suivant, qui ne parut qu'en octobre — le journal ne paraissant pas l'été — Louis Lecoin revenait en page 7 sur les "événements".

A propos des événements de Mai et Juin

Il a été dit et écrit énormément sur les événements de mai et juin. Beaucoup de bonnes choses, mais beaucoup de conneries — beaucoup plus, beaucoup trop.

L'oubli, le défaut de mémoire, la mauvaise foi ont, dans tout le pays, au cours de discussions agitées, atteint un degré de démence rarement connu.

C'est la province, ce sont les campagnes qui ont porté sur les « voyous » de Paris le jugement le plus sévère en même temps que le plus injuste.

C'est pourtant la province, ce sont les campagnes, qui avaient indiqué la voie à suivre aux jeunes « enragés » de mai et juin.

En effet, depuis dix années les paysans de France ont barré toutes les routes du pays avec leurs tracteurs. Ça ne suffisait pas, ils ont abattu des arbres pour renforcer leurs barricades, scié des poteaux télégraphiques. Ils ont tenté souvent de saccager des sous-préfectures et des préfectures. Ils ont obstrué des voies ferrées — au risque de causer de graves accidents de chemins de fer. Ils ont même répandu du soufre sur certains chemins très fréquentés et y ont mis le feu. Des automobilistes en sont morts brûlés vifs qui ne purent à temps arrêter leur voiture.

Pendant dix années du règne gaulliste, ces déprédations, ces délits, ces morts d'hommes carbonisés ont été commis sans que, généralement, la loi ne s'en préoccupe. Rarement il y eut arrestation, et quand, par hasard un émeutier était coffré, c'était pour quelques heures. La radio, les journaux enregistraient simplement ces faits, ne les réprouvant point.

Et ce sont ceux-là, avec leurs familles, qui osent insulter de jeunes révoltés des grandes villes et voudraient les voir jeter en prison.

Allons donc !

Ce n'est pas ici que l'on blâmera l'agitation provinciale et paysanne. Elle n'eut certainement pas lieu de gaieté de cœur.

Mais nous demandons la réciproque pour les insurgés de mai et juin.

Nous le demandons à ces millions de campagnards pas toujours incompréhensibles.

Nous le demandons à de Gaulle, à Pompidou, à Couve de Murville, à mille autres pareils, tous profiteurs de la Révolution de 1789.

Nous l'approuvons, malgré cela, cette grande épopée, même si elle ne fut pas sans bavures, sans exactions, sans abominations, sans assassinats dégoûtants. Elle marqua le début d'une heureuse évolution qu'il faut poursuivre. Et que les étudiants et les jeunes ouvriers voulaient, en mai et juin, continuer.

La violence !

La révolution !

Elles ne nous enthousiasment pas outre mesure. Nous voyons trop, d'ailleurs, ce que les gouvernants russes en font.

Mais nous ne voulons pas, nous ne pouvons pas bouder devant l'action, devant une action qui possède en elle des promesses libératrices.

Je suis un pacifiste absolu, je ne donnerai ni un sou, ni un homme pour la guerre — pour n'importe quelle guerre. Jeter des peuples contre d'autres peuples est trop horrible et tellement insensé.

Mais à l'intérieur de chaque pays on ne peut nier la nécessité de certaines actions ni que des violences s'ensuivent inévitablement. Et, dans certaines conditions, je prends parti.

Je prends parti pour l'enchaîné contre l'enchaîneur, même si le premier commet des dégâts pour se délivrer.

Je préfère que les étudiants cassent du flic et du C.R.S. plutôt que le contraire se produise.

Ma non-violence si elle n'est pas efféminée est pourtant des plus nettes.

D'abord elle renforcerait, si c'était nécessaire, mon pacifisme.

Puis, elle m'amène à souhaiter au plus tôt l'avènement d'un monde où la douceur de vivre serait ressentie par tous sans exception. — Louis Lecoin.

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 17:07

Dans la conférence qu'a donnée Han Ryner sur Jules Renard, on lit :

Il y a beaucoup de patience guetteuse et d'attentive persévérance dans son talent. Il dit de Ragotte « Il faut la regarder longtemps pour la voir. » II pourrait le dire de chacun de ses paysans. Et il fallait les regarder non seulement avec des yeux inquisiteurs et tenaces mais aussi avec une âme semblable à la leur, dans sa délicatesse plus continue et plus consciente. Sous leur silence et leurs réticences, il a su distinguer leur bonté foncière. Pour en rester persuadé, qu'on relise, dans les Bucoliques, le pur et souple chef-d'œuvre qui s'appelle La galette.

On trouvera ci-dessous le « pur et souple chef-d'œuvre » !


Jules Renard

La Galette

Extrait de Bucoliques

C'est une espèce de galette qu'on appelle brûlée. C'est une galette plate et sèche que ma cousine Nanette fait, le jour qu'elle cuit, avec ce qu'elle gratte de pâte collée au fond de l'arche, quand elle a préparé tous ses pains de ménage. Et il faut encore, pour qu'elle se décide à faire sa galette, qu'il lui reste un morceau de beurre de la semaine. Mais j'aurais tort de m'imaginer que cette brûlée est pour moi. Nanette ne se préoccupe de personne. Elle utilise seulement les miettes de son arche.

Si je lui dis que j'aime la brûlée et que je ne connais rien de meilleur qu'un bout de brûlée chaude avec un verre de vin blanc, elle me répond :

— Moque-toi des pauvres gens comme nous. Va, mange tes gâteaux ; tu n'auras pas de notre galette de malheureux.

Voilà comme elle me répond, et le lendemain matin, de bonne heure, elle arrive portant sa brûlée dans une serviette. Elle le pose sur ma table et dit :

— Je t'apporte tout de même un quartier de brûlée. Si tu la veux, tu la prendras. Si tu ne la veux pas, tu la laisseras.

Je ne dis ni oui ni non.

— Je parie, dit-elle, que tu vas la donner à ton chien.

Je ne lève même pas les épaules.

— Et peut-être, dit-elle, que c'est trop grossier pour la fine gueule de ton chien, et qu'aussitôt que je serai partie, tu jetteras ma brûlée dans tes ordures.

J'ai l'air de ne plus entendre.

— Allons ! dit-elle, je vois que mon cadeau te chagrine. Je le remporte.

Et elle s'approche de la brûlée. Je me garde toujours de remuer. Mais elle se met à rire et me donne de petites tapes sur le bras.

— Tu es aussi malin que moi, me dit-elle.

— Ma chère cousine, lui dis-je, ce serait difficile, car vous êtes rudement maligne.

— Oh ! oh ! ma chère cousine, dit-elle ironique. D'abord je ne suis plus ta cousine. C'était bon autrefois, quand je te mouchais et te talochais. A présent, te voilà Parisien. Comment une vieille déguenillée comme moi serait-elle la cousine d'un monsieur nippé comme toi ? Et même je te manque de respect. Je te tutoie par habitude. J'ai tort. Je vous demande pardon, monsieur.

— Bien, bien, madame, je vous pardonne, mais ne recommencez pas.

Cette fois Nanette se rend, domptée, et elle éclate de rire.

— Débarrasse ma serviette, dit-elle, que je m'en aille.

— C'est égal, lui dis-je, faut-il que vous m'aimiez pour quitter votre ouvrage et venir de si loin, malgré vos soixante ans, m'apporter, de l'autre côté de la rivière, une belle galette cuite à mon intention !

— Tu ne le mérites guère, dit-elle.

— Je le mérite, parce que je vous aime comme vous m'aimez.

— Je crois que le temps est au beau, dit-elle, mal à son aise.

— Et je remarque, brave cousine, que si vous ne venez pas souvent me voir, vous ne venez jamais les mains vides. C'est tantôt une galette, comme aujourd'hui, tantôt un fruit ou un œuf, tantôt même un poulet que vous laissez à la maison. Et vous n'acceptez rien en échange. Si je vous offre quelque chose de mon jardin ou de ma basse-cour, vous me riez au nez ; et si je proposais de payer vos cadeau, vous me grifferiez la figure. Cependant vous êtes pauvre, et moi je suis riche. Et, à la fin, je me sens gêné de recevoir et de ne pas rendre, et je cherche, malgré votre refus, ce que je pourrais bien vous donner à mon tour.

— Oui, ça presse, dit Nanette renfrognée.

— Cousine Nanette, je vous le demande, je vous prie de me le dire : Qu'est-ce que vous désirez que je vous donne ?

— Donne-moi, dit-elle déjà loin, le pont pour me faire passer la rivière.

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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 19:12

On a pu lire récemment (ici et ), l'avis de Han Ryner sur les rapports entre éthique et sociologie, sociologie qu'il assimile — sans doute un peu rapidement — à la politique. Il y aura d'autres textes à publier sur ce sujet.

Mais pour aujourd'hui, je m'éloigne quelque peu de Ryner, tout en restant dans le domaine de la sociologie et du mouvement libertaire.

Les 40 ans de Mai 68 sont bien évidemment prétexte à un flot éditorial d'origines variées. Le fleuve indifféremment mêle eau des fontaines claires et débondages brenneux d'égouts. Ignorant tous les alchimerdistes voulant réduire les "événements" à leur — prétendue — unique dimension culturelle (partouze obsessionnelle-compulsive, libération de l'hubris comme prolégomène à l'hyperconsommation, substitution du père-tyran abruti par l'abruti enfant-roi, etc.), je mets en ligne ce texte signé par quatre anars de la fac de Nanterre, paru à la mi-mars 1968 : Pourquoi des sociologues ?

Texte qui reste d'une grande actualité, au-delà de toute commémorite aigüe : plus que jamais, l'on cherche à produire des "marchandises humaines sur mesure pour les besoins économiques du capitalisme organisé" ; plus que jamais, l'on nous prêche, avec une parfaite idolâtrie, "le rationalisme au service de la croissance contre l'anarchie irresponsable de ceux que le changement effraie".

J'ai numérisé ce document à partir du fac-similé (4 pages A4) reproduit dans l'indispensable ouvrage de Jean-Pierre Duteuil Nanterre 68, vers le mouvement du 22 mars. Duteuil annonce d'ailleurs Mai 68, un mouvement politique : "Mai 68 ouvre une période de « divorce entre la classe politique, les médias, les intellectuels d’un côté et la société civile de l’autre », comme ils disent. Eh bien tant mieux !" Les deux bouquins peuvent être commandés aux éditions Acratie. A signaler également : un DVD-Rom blindé de documents divers, édité par la CNT de Béthune (à prix libre).

Remarque : J'ai essayé de conserver à peu près l'apparence du tract, y compris l'orthographe. Les coquilles sont signalées par des [sic] en italique.


POURQUOI DES SOCIOLOGUES ?

La question des débouchés en sociologie (et en psychologie) revient assez souvent pour que l'on considère avec précision le problème.

Deux faits s'imposent tout de suite : les départements de sciences humaines sont surpeuplés relativement aux débouchés disponibles à l'heure actuelle et cela même en tenant compte des taux d'échecs élevés qui seront appliqués lors des examens. Cette incertitude des étudiants par rapport aux métiers futurs a pour symétrie l'incertitude théorique au niveau professoral où les invocations à la science ne font qu'éclairer, d'avantage par contraste, la confusion des doctrines diverses qui nous sont enseignées.

D'autre part, l'agitation universitaire s'est développée depuis 1960 à l'étranger comme en Franche [sic], chez les sociologues plus encore que chez les psychologues ou les philosophes (comme c'était le cas depuis 1945), tandis que les autres sections de lettres, sans parler des facultés scientifiques, se signalaient souvent par une passivité remarquable. Ainsi les problèmes de l'université, et même de la société globale, se trouvaient soulevés dans un département aux effectifs peu nombreux et de création très récente, tandis que non moins paradoxalement l'initiative de la réforme Fouchet provenait des scientifiques, beaucoup moins remuants.

Cela s'est observé aux Etats-Unis, en France, en Allemagne, mais aussi en Pologne et en Tchécoslovaquie.

Pourquoi dans tous ces pays le malaise s'exprime-t-il de préférence dans les sections de sciences sociales ?

Pourquoi s'agitent-elles ainsi tandis que les autres sections ne font au mieux que de suivre ?

Pourquoi cette incertitude théorique et pourquoi un tel problème quant aux débouchés ?

PETITE HISTOIRE DE LA SOCIOLOGIE...

Nous ne considérons ici que des tendances dominantes qu'une étude plus détaillée devra compléter : TOUS LES BOYCOTTAGES DE COURS A CE SUJET SERONT LES BIENVENUS.

Il faut reprendre le problème sous un angle historique. A cet égard, la date capitale est 1930 avec l'expérience de Mayo à Hawthorne aux U.S.A.

En montrant l'importance des phénomènes affectifs dans les groupes restreints et en suggérant de réguler les relations humaines pour améliorer la productivité des travailleurs, Mayo faisait bien plus que d'ouvrir un terrain neuf à la sociologie. Il fermait l'époque de la philosophie sociale et des systèmes spéculatifs sur la société globale en ouvrant l'ère glorieuse de l'empirisme et de la collecte « scientifique » des données.

De même en louant ses services à la direction d'une entreprise, il initiait le temps de la collaboration à grande échelle des sociologues avec tous les pouvoirs du monde bourgeois, en mal de rationaliser un système capitaliste fortement ébranlé par la crise de 1929.

LE PASSAGE D'UNE SOCIOLOGIE ACADEMIQUE, VASSALE DE LA PHILOSOPHIE, A UNE SOCIOLOGIE INDEPENDANTE, A PRETENTIONS SCIENTIFIQUES, CORRESPOND AU PASSAGE DU CAPITALISME CONCURRENTIEL AU CAPITALISME ORGANISE.

Désormais, l'essor de la sociologie sera toujours plus lié à la demande sociale d'une pratique rationaliste au service des fins bourgeoises : argent, profit, maintien de l'ordre.

Les preuves abondent : la sociologie industrielle recherche avant tout l'adaptation du travailleur à son travail : la perspective inverse est très limitée puisque le sociologue salarié de la direction doit respecter le but du système économique : produire le plus possible pour faire le plus d'argent possible. La sociologie politique préconise de vastes enquêtes, le plus souvent mystificatrices, qui présupposent que le choix électoral est aujourd'hui le lieu de la politique, sans jamais se demander si elle ne se situerait pas ailleurs que sur ce terrain. Stouffer étudie les meilleures conditions de « moral » du soldat américain sans poser les problèmes structurels du rôle de l'armée dans la société où il vit. On retrouve les sociologues dans la publicité, les mille formes de conditionnement du consommateur, dans l'étude expérimentale des média, là aussi sans chercher à critiquer la fonction sociale de ces média, etc.

D'autre parts, quelle est la conception des sociologues U.S. sur le problème central des classes sociales ? Le concept de classe et celui de discontinuité (lutte de classes) sont éliminés et remplacés par les notions de classes et de strates dotées de statut, de pouvoir et de prestige. Il y aurait une échelle continue où à chaque échelon correspondrait une quantité définie de pouvoir et de prestige suivant des degrés croissants à mesure qu'on se rapproche du sommet. Bien entendu, chaque individu aurait au départ les mêmes chances de grimper la pyramide, puisque nous sommes (comme partout) en démocratie.

A côté des réfutations théoriques de Mills et de L. Riesmann, les réfutations pratiques du sous-prolétariat américain (minorités ethniques) et celles de certains groupes ouvriers contre leurs appareils syndicaux suffisent à balayer le rêve d'une intégration achevée.

Tout récemment, les émeutes des Noirs américains ont créé une telle frayeur que des crédits supplémentaires ont été votés aux sociologues pour qu'ils étudient les mouvements des foules et fournissent des recettes à la répression (cité dans Le Monde).

Enfin, amère ironie, quand le ministère de la Défense lançait un projet anti-subversif en Amérique latine (le fameux projet Camelot) en cherchant à le cacher, il n'imaginait rien de mieux que de le déguiser comme projet d'étude « sociologique »...

Et en France ?

La rationalisation du capitalisme débuta certes après la guerre (création du plan), mais ne devint effective qu'avec le gaullisme et ses structures autoritaires. Or ce n'est pas un hasard si la licence de sociologie est instituée en 1958. L'inégale développement du capitalisme français par rapport au capitalisme U.S. se retrouve sur le plan des idées : toute notre sociologie actuelle est importée d'outre-Atlantique, avec quelques années de retard ; chacun sait que les sociologues les plus cotés sont ceux qui suivent les publications américaines le plus attentivement.

LA « THEORIE » SOCIOLOGIQUE

On a vu son lien étroit avec la demande sociale. La pratique d'organisation du capitalisme suscite une foule de contradictions et, pour chaque cas particulier, un sociologue est mis à la tâche. L'un étudiera la délinquance juvénile, l'autre le racisme, le troisième les « slums ». Chacun cherchera une explication à son problème partiel et élaborera une doctrine proposant des solutions au conflit limité qu'il étudie. Tout en faisant office de chien de garde, notre sociologue contribuera du même coup à la « mosaïque » des « théories » sociologiques.

La confusion des sciences sociales qui a sa source ici se manifeste dans l'interdisciplarité [sic] si à la mode aujourd'hui (cf. Althusser). L'incertitude de chaque spécialiste, en se confrontant aux incertitudes d'autres spécialistes, ne peut donner que de grandes platitudes.

Derrière cette confusion il y a une absence, jamais soulignée, de statut théorique pour la sociologie et les sciences humaines. Leur seul point commun est finalement qu'elles constituent « en majorité des techniques méthodiques d'adaptation et de réadaptation sociale », sans compter la réintégration de toutes les contestations : la majorité de tous nos sociologues sont « marxistes ». Mentionnons à l'appui de cette thèse le caractère conservateur des concepts utilisés actuellement : hiérarchie, rituel, intégration, fonction sociale, contrôle social, équilibre, etc...

Les « théoriciens » doivent expliquer des conflits localisés sans référence à la totalité sociale qui les avait provoqués.

Cette démarche prétendue objective implique des perspectives partielles et partiales où les phénomènes ne sont pas reliés entre eux (or le racisme, le chômage, la délinquance, les slums constituent une unité) et où la rationalité du système économique est une donnée. Le mot profit étant devenu choquant, on parle de croissance, d'adaptation à un changement hypostasié. Mais où va ce changement, de quoi procède-t-il, qui l'organise, à qui profite-t-il ? Ces questions sont-elles trop spéculatives pour intéresser la science ?

Ces considérations nous amènent à conclure simplement que le malaise des étudiants en sociologie ne peut se comprendre qu'en interrogeant la sociologie sur sa fonction sociale. Il est apparu que, dans les conflits actuels, les sociologues ont choisi leur camp, celui des directions d'entreprise et de l'Etat qui les assiste. Que signifie dans ces conditions la défense de la sociologie préconisée par certains ?

LE CAS DE NANTERRE

L'analyse générale qui précède éclaire le cas particulier de Nanterre. Là aussi : Crise en sociologie, inquiétude sur les débouchés, confusion dans l'enseignement dispensé et importation des doctrines made in U.S.A. Ceux qui restent hors du courant positiviste-empiriste sont amenés à se replier dans une critique verbale, qui a le mérite d'éviter une totale « uni-dimensionnalisation », mais qui entérine l'isolement et l'inneficacité.

Chez les « espoirs » de la sociologie française le jargon parsonien et le culte des statistiques (enfin un terrain scientifique !) sont la clé de tous les problèmes. L'étude de la société a réussi ce tour de force de dépolitiser tout l'enseignement... c'est-à-dire de légaliser la politique existante. Et tout cela joint à une collaboration fructueuse avec les ministères et technocrates cherchant à former leurs cadres, etc... Nos professeurs passent volontiers pour des « gauchistes » comparés aux nostalgiques des temps anciens qui fleurissent dans les autres départements. C'est que ceux-ci quittent avec regret le mandarinat de l'université mis en place par le capitalisme libéral, tandis que les sociologues ont vu où va le « changement » : organisation, rationalisation, production de marchandises humaines sur mesure pour les besoins économiques du capitalisme organisé.

Il est nécessaire ici de réfuter des conceptions défendues par M. Crozier (Esprit janv. 67) et A. Touraine (articles du Monde) sur les débats qui nous occupent.

Pour Crozier le malaise américain ne réside pas, comme quelques naïfs le croyaient, dans la violence des Noirs poussés à bout par leurs conditions de vie, ou dans l'horreur de la guerre impérialiste du Vietnam (cet «  accident », cette « folie », comme l'écrit Crozier qu'on croyait plus attaché à l'explication scientifique qu'aux mots magiques). Il ne réside pas non plus dans l'effondrement de toutes les valeurs cédant la place à la valeur d'échange, à l'argent. Non, cela existe mais c'est une apparence. La violente [sic] a toujours existé aux U.S.A. Ce qui est neuf, nous dit Crozier, c'est l'envahissement du rationalisme. C'est le changement des mentalités nécessaire pour se familiariser avec le « monde du raisonnement abstrait ». L'histoire actuelle n'est pas lutte réelle entre groupes sociaux combattant pour des intérêts matériels et des priorités socio-économiques différentes. Elle est le lieu où deux entités fantasmagoriques s'affrontent : le rationalisme au service de la croissance contre l'anarchie irresponsable de ceux que le changement effraie. Cette vision «  sociologique » ne vaut la peine d'une réfutation que par l'éventuelle portée idéologique qu'elle pourrait revêtir, puisqu'aussi bien Crozier conseille aux Noirs non pas les revendications de pouvoir mais « une mutation intellectuelle » (sic !) et que tout cela aboutit à la Grande célébration du Mode de Vie Américain, lequel produit aujourd'hui de nouvelles indvidualités [sic] novatrices et dynamiques.

Dans ses récents articles, Touraine a présenté la conception suivante : il y a un système universitaire dont la fonction est de produire le savoir au service de la croissance (encore !) et ce système contient une contradiction féconde pour son changement entre étudiants et professeurs. L'université est analogue par ses conflits et par sa fonction sociale essentielle à l'entreprise du 19e siècle. Cette opposition 19e-20e est fallacieuse. Il n'est pas vrai « que la connaissance et le progrès technique sont les moteurs de la société nouvelle ». Connaissance et progrès technique y sont subordonnés aux luttes entre les firmes pour le profit (ou ce qui revient au même pour l'hégémonie monopoliste) et à l'affrontement militaire et économique entre pays de l'Est et l'Ouest. Les savants ne sont pas les innocents entrepreneurs que l'on veut nous présenter, ni la science cette glorieuse activité autonome qui ne viserait que sont [sic] développement propre.

L'unité de référence : l'université, n'est pas viable. Les contradictions ont lieu au niveau de la société globale et l'université y prend part presque en bloc. La majorité des professeurs et des étudiants sont liés à la conservation de l'ordre et seule une minorité peut prendre part à la contestation qui se déroule dans les métropoles et dans les pays exploités. La récente motion de groupes d'étudiants ici à Nanterre se solidarisant, sans dégoût devant sa servilité, avec l'administration et la majorité du corps enseignant, en a été la preuve la plus récente.

POSSIBILITES ET LIMITES DE LA CONTESTATION ETUDIANTE

Il faut dissiper l'illusion des mots d'ordre stalino-tourainiens sur un mouvement étudiant de masse aux intérêts convergents. Par leur origine sociale comme par leur acceptation de devenir des salariés de différents appareils autoritaires (Etat, entreprise, firme publicitaire, etc...), la majorité des étudiants sont déjà conservateurs.

Seule une minorité d'étudiants et professeurs (surtout assistants) peut choisir, et choisit de fait, une autre orientation. Quelles sont alors les possibilités d'action de cette minorité ?

En milieu universitaire les perspectives sont limitées : Il s'agit essentiellement d'éclairer les étudiants sur la fonction sociale de l'université. En particulier en sociologie, il faut démasquer les fausses contestations, éclairer la signification généralement repressive [sic] du métier de sociologue, et dissiper à ce sujet les illusions.

L'hypocrisie de l'objectivité (voir Bourricaud, la conscience culturelle du ministère de l'E.N.) de l'apolitisme, de l'étude inocente est beaucoup plus criante dans les sciences humaines qu'ailleurs et doit être exploitée.

Une minorité intellectuelle demeure totalement inefficace si elle subit ou même se complaît dans le ghetto qu'on lui a ménagé.

En attendant d'autres actions nous porterons ce débat à la conférence de « défense » des sociologues qui doit avoir lieu avant Pâques.

à suivre...

Dany Cohn-Bendit
Jean-Pierre Duteuil
Bertrand Gérard
Bernard Granautier


Note : Le tract porte en outre la mention :

Imp. La Ruche Ouvrière. Paris. 10. rue Montmorency (3°)

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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 16:59

On ne peut pas dire que le printemps soit très précoce cette année. Puisse cet apologue de Manuel Devaldès le faire venir, et vite !

Il s'agit donc d'un extrait des Contes d'un rebelle, dont on peut lire la préface par Han Ryner ici. J'inaugure là la catégorie "Autour de HR", qui accueillera des textes écrits par ou sur des ami-e-s de Ryner, ou proches de son esprit et de ses centres d'intérêts.


Manuel Devaldès

Le dernier printemps du Père la Pudeur

Ce jour-là, le Père la Pudeur fut contraint de traverser le jardin du Luxembourg. Il le faisait le plus rarement possible, car en ce cas sa souffrance était grande. Si les faunes et les bacchantes que l'immoralité des artistes avait fixés nus et lascifs dans le bronze pouvaient être évités par une âme saine, il n'en allait pas de même avec les dévergondées putanettes et les amoureux qu'on croisait aussi bien dans la plus battue que dans la plus écartée des allées.

Le printemps était à cet égard particulièrement désastreux. Que de linges et de chairs alors indécemment arborés ! Que de gestes dont on dépassait la déjà licencieuse ébauche ! Or avril débutait et le réveil de la vie était, cette année, extraordinaire.

Nul ne se souvenait d'un semblable renouveau. C'était un essor universel et sans mesure. Bien avant le 21 mars avait éclaté la coque des ultimes bourgeons. Tout poussait, s'épanouissait, s'épanchait hors de limites trop étroites. La terre semblait en effervescence. La sève bouillonnait. Le sang ardait. Sous un ciel d'immuable azur, l'air passait doux infiniment, doux comme un frôlement de demi-vierge. Les humains rénovés se sentaient légers, comme prêts à prendre leur vol. Emplies de bourdonnements d'insectes et de chants d'oiseaux, los à la Transformation, les jeunes frondaisons faisaient office de harpes ou de claviers vibrants.

Le sexe érigeait un règne incontestable. Le rut flambait aux moelles. Les hommes avaient des allures entreprenantes de satyres, que ne répudiaient point les femmes, nymphes de bon accueil. Du ressort surgissait soudain aux jarrets masculins, tandis qu'une langueur émue s'insinuait aux cuisses féminines. Par les voies où rôdait le désir, l'appétit de volupté faisait craquer la casaque des morales.

Ah ! la licence des mâles ! Mais aussi l'impudeur des femmes ! Le péril de l'industrie textile, par les moralistes tant clamé, ne leur avait pas fait abandonner ces jupes étroitement collantes, dont le fourreau moulait leur croupe de luxure. Leurs tétons pointaient sous des corsages dont les échancrures scandaleuses faisaient apparaître le lait des gorges et l'ambre des nuques. Et leurs yeux consommaient mille fois l'acte charnel. Se pouvait-il, songeait le Père la Pudeur, que tant d'efforts moralisateurs aboutissent à cette dépravation !

Cochon de printemps ! C'était lui qui éternisait et multipliait ces outrages aux moeurs, — du moins à ses moeurs de Père la Pudeur ! Que n'était-ce toujours l'été, avec les humains veules sous la morsure solaire ; ou l'hiver, alors qu'ils sont engourdis de froid ; ou l'automne, à la rigueur, l'automne qui porte plus aux sanglots qu'à la liesse ! Que n'était-ce, au moins, puisque son retour était inévitable, le printemps ordinaire auquel il s'était tant bien que mal habitué, un printemps qui, sans doute, avait soif de vie, de liberté et de fornication, mais se dissimulait un peu, dans la nature humaine, grâce à maints sermons ! Hélas ! son vieil ennemi, cette fois, se surpassait. Son ennemi, certes, et devant lequel il se sentait si impuissant !...

Mais de quel événement insolite cette tumultueuse renaissance était-elle le présage ?

Il contournait le bassin lorsqu'il aperçut, descendant l'escalier de la terrasse, un couple d'adolescents, deux êtres d'élégance native, lui seize ans, elle quinze, apparemment. Ils marchaient enlacés, triomphants de jeunesse et d'audace, oubliant la foule, lui déjà viril, elle délicieuse en sa robe descendant à mi-jambe, avec ses blonds cheveux flottants et ses grands yeux bruns aux cils d'ombre et d'où partaient vers son compagnon des regards longs que tranchaient les siens, plus aigus. Tels des héros d'allégorie, ils s'avançaient hardiment. Par coïncidence, arrivés auprès du Père la Pudeur, ils écrasèrent en un mutuel baiser la fraise de leurs lèvres.

Le vieux pudibond demeura immobile de stupéfaction. Sa figure se renfrogna plus que de coutume et ses yeux esquissèrent un mouvement de strabisme convergent.

— C'est trop fort !... Il n'y a plus d'enfants !... Quelle honte !... grommela-t-il.

Mais il fallait une saison pareille pour que ces vauriens eussent une telle assurance et qu'un pareil libertinage se manifestât sans soulever la réprobation générale. Bien pis ! les gens qui les regardaient semblaient charmés et une femme qui paraissait appartenir au meilleur monde venait de s'écrier :

— Sont-ils beaux !

*
*  *

— Cunégonde, je ne sais pas ce que j'ai, mais ça ne va pas, dit-il à son épouse en rentrant chez lui.

Il avait la fièvre. Il s'alita.

Il se rendait compte que son malaise était dû au bouleversement apporté dans son physique par ce printemps anormal — et dont, comme toujours, il ressentait les effets au rebours de chacun — ainsi qu'aux grosses émotions qu'il n'avait cessé d'éprouver depuis son début.

Le médecin reconnut une affection cardiaque très avancée.

La nouvelle de sa maladie causa une grande surprise. Il était si vieux et avait tant fait parler de lui qu'on le considérait un peu comme éternel.

L'après-midi du lendemain, sa femme ayant ouvert les fenêtres afin qu'il profitât de la tièdeur de l'atmosphère et de la lumière doucement tamisée par le feuillage vert tendre des arbres du jardin, des bouffées d'air parfumé pénétrèrent dans la chambre. Il les reniflait, mais, au lieu d'en éprouver une satisfaction, il se plaignit :

— Cunégonde !... ferme les fenêtres... je ne veux pas qu'il vienne ici... il me fera mourir...

— Qui donc, mon ami ?

— Ce cochon de printemps, parbleu !

Et elle dut lui promettre de tenir la pièce close jusqu'à l'été.

Son état empira. Il se plaignait de faire des rêves érotiques. I1 ne se bornait plus à radoter, il divaguait.

Un jour, il eut une hallucination. Il entendit le bruit d'une pression sur la porte de sa chambre, comme si, fermée à clef, on eût cherché à l'enfoncer. Il la vit bientôt céder et un éphèbe nu, qui était entré en dansant, se planta en face du lit.

De jaune devenu vert, les yeux mauvais, il se mit sur son séant.

— Qui es-tu, petit saligaud ? aboya-t-il, comme prêt à mordre.

— Je suis le Printemps, vieux birbe.

— Sors d'ici !

L'éphèbe riait, riait, et son rire semblait un papillon s'évadant de sa chrysalide.

— Cunégonde !... Cunégonde !... renvoie-le, ce petit voyou !...

Mais Cunégonde ne venait pas, car le Père la Pudeur, qui croyait avoir parlé, n'avait en réalité rien dit.

Alors l'autre reprit :

— Je suis le Printemps et je viens te signifier congé... Ah! je suis fort cette année et tu ne me fais plus peur... C'est toi qui trembles... Voilà assez longtemps que tu persécutes les miens... Je t'ai assez vu... Ta dernière heure a sonné... Qu'attends-tu pour partir ?... Tu es la Mort brimant la Vie, mais tu sais bien, au fond, que c'est toujours la Vie qui a le dernier mot... la Vie, c'est-à-dire moi, le Printemps...

— Hors d'ici, maraud !

— Pas avant de t'avoir montré mes compagnes... Va, elles sont mieux que Cunégonde... Entrez, les filles !... Papa la Pudeur, je te les présente... Voici la Liberté... la Fantaisie... la Beauté... la Joie... l'Impudicité... la Volupté... Voici la Folie... et sa soeur la Raison...

— La Raison !...

— Hé oui, la Raison !... Ah ! mais ne confonds pas, vieux... Ma Folie fait bon ménage avec ma Raison... que ta raison ignore... Autrement dit, tu pourrais repasser dans neuf mois... tu n'aurais pas d'augmentation... Le Printemps est malthusien, maintenant !...

Les jolies filles, nues, avaient envahi la chambre et, autour de l'austère lit Empire, elles menaient une effrénée farandole, aux cris, fusant en gerbes, de « Gloire à notre amant ! Vive le Printemps ! »

Le Père la Pudeur se leva et, debout, hors du lit, fit le geste de chasser les intrus.

La bande prit la fuite, suivie de l'éphèbe qui fredonnait :

... par la fenêtre il reviendra.

Ils avaient à peine disparu qu'une vitre se brisait avec fracas, tandis qu'une branche de marronnier, lourde de feuilles et de fleurs et au faîte d'une poussée irrésistible, prenait sa place.

— Le misérable !... il l'avait prédit... il est rentré par la fenêtre !... gémit le Père la Pudeur.

Et, au comble de la terreur, il appela, cette fois réellement :

— Cunégonde !...

Puis il tituba, tournoya et tomba raide mort.

*
*  *

L'Evénement s'était accompli. La Vie avait vaincu la Mort.

Le Monde, délivré de la Morale, poussa un immense soupir de soulagement.

Et le Printemps apaisé fit bientôt place à l'Été.

1913.

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De Han Ryner :

L'Homme-Fourmi
La Fille manquée
http://www.theolib.com/images/lulu/sphinx.jpgLe Sphinx rouge
Les Paraboles cyniques
L'Individualisme dans l'Antiquité
Comment te bats-tu ?
1905-pmi-2010Petit manuel individualiste
Le Cinquième évangile
Couverture de la réédition du Le Père Diogène
Pour les germanistes... Nelti

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4è plat de couverture du n°3 d'Amer, revue finissanteUn conte d'HR
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