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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 15:57

Un billet que j'aurais dû publier en mai dernier. Mais, somme toute, en décembre ça ira bien aussi.


Cliquez pour télécharger l'image en grand.

Liberté, social, pacifiste, libertaire, paraissant tous les mois, c'était le journal de Louis Lecoin, auquel collaborèrent très régulièrement Bernard Clavel et P.-V. Berthier notamment. Ci-dessus la une du numéro de juin 1968.


Petit zoom sur le "mot à un salopard"...


Et voici l'article de la page 5 :

Non, rien n'est perdu !
Les jeunes ont tout leur temps
ils prendront leur revanche

Et ils participeront à l'émancipation des adultes

Il est partisan de la « paix » partout dans le monde, excepté dans son pays.

Poussé à se prononcer, pressé à se décider par ses amis et par ses adversaires, il biaise, il amuse le tapis, et, enfin, il quitte subrepticement l'Elysée pour se rendre dans le camp des armées et se mettre sous la protection des généraux de coups d'Etat.

Ayant ainsi assuré ses arrières, et se sentant lui-même personnellement rassuré, il revient à Paris plastronner, faire le bravache devant le micro, osant prétendre que ses insultes et ses menaces étaient le fruit de 24 heures de méditation. Il oublia bien sûr de parler de sa visite auprès des mercenaires étoilés.

Comme tout le monde, je savais de Gaulle très vindicatif, mais je le croyais très orgueilleux, je le prenais pour un être fier, très autoritaire également, et auquel on ne dictait pas sa conduite. Je n'irai pas jusqu'à le traiter de général en peau de lapin, mais bon Dieu, si c'est ça gouverner, je suis satisfait de m'être toujours dressé contre n'importe quel gouvernement.

Puisqu'un Président de la République, gardien de la Constitution, protecteur des institutions et de la légalité a osé lamentablement en appeler au sabre et à toutes les coquineries d'un Massu, on trouvera bon sans doute et très normal que nous criions, nous, aux soldats : « Crosse en l'air ! jeunes gens, crosse en l'air ! » pour le moins.

*
*  *

Le même Monsieur Elyséen n'en est pas à une contradiction près. Il ne veut pas, par exemple, que la rue bouge et s'agite. La rue, selon lui, n'a pas à imposer des revendications ni à donner des ordres. La rue, pour de Gaulle, c'est la rue, pas grand-chose, c'est de la piétaille qui doit circuler sans murmurer ni protester. Et surtout pas protester contre lui, contre ses agissements, contre sa politique à la petite semaine conçue au jour le jour sans grandeur et ne comportant que des petitesses.

Mais celui qui se prend pour un Louis XIV, qui n'était hier qu'un Louis XVI fuyant vers l'est, demande le secours de la rue pour ses besoins personnels, pour continuer à sévir et à tout gâcher. Et il ordonne que se créent partout en France des groupes d'action civique (des groupes de décerveleurs, un Tixier-Vignancour ne s'y est pas trompé) qui termineraient l'infâme besogne commencée par Massu. Massu ! Vous connaissez : l'ancien colonel du 13 Mai à Alger.

*
*  *

Le Président, je vous le répète, accumule les contradictions. Il pense comme le maréchal Pétain que les Français ont la mémoire courte. Tout de même, il nous plaît de placer son gros nez au-dessus de toutes les immondices accumulées par les privilégiés qu'il protège.

Les dirigeants de la C.G.T. et du Parti communiste sont les principaux fossoyeurs du beau mouvement qui promettait tant. Ils ont insulté, calomnié les étudiants ; ils ont modéré et canalisé la virile action des jeunes. Et si le prolétariat ne perd pas tout dans cette lutte, si des miettes lui sont laissées, il n'aura pas à en remercier les mauvais bergers en question.

En cette affaire, les bolchevistes français auront servi de Gaulle beaucoup plus qu'ils ne l'auront desservi, même si celui-ci s'efforce de feindre le contraire en faisant semblant de les attaquer dans son dernier message. N'est-il pas, en effet, toujours cul et chemise avec les sous-staliniens, actuellement chefs du Kremlin et inspirateurs du Parti communiste de France !

Qu'importe si de Gaulle continue à gouverner ! A gouverner — plus sans doute que nous ne pouvons le supposer — avec, dans l'ombre, l'appui efficace de la Russie.

*
*  *

On a beaucoup parlé Anarchie tous ces temps. Et des anarchistes également.

Les anarchistes sont des hommes ordinaires, des hommes comme tous les autres hommes. Ni inférieurs à la plupart, ni supérieurs non plus, mais ils sont moins bornés que beaucoup, plus attentifs aux mille choses de l'existence et plus au courant de ce qui est bon ou mauvais à la vie dans la société présente ; on ne peut le leur reprocher — même s'ils affirment que ce qui est nuisible aujourd'hui l'emporte de loin sur ce qui est supportable.

On ne sort pas facilement, ni tout à fait, de sa gangue, et les anarchistes qui y ont plus ou moins réussi, n'en tirent pas orgueil, tout au plus désirent-ils que beaucoup les imitent afin que le beau rêve qu'ils portent en eux devienne une réalité pour eux et pour tous les habitants de la planète.

Une réalité qui ne connaîtrait plus d'armées, plus de guerres, qui ne connaîtrait donc pas un régime gaulliste, de Gaulle étant demeuré inconnu puisqu'il n'aurait pas eu à passer la moitié de son temps à faire faire des guerres et l'autre moitié à faire semblant de vouloir réconcilier les anciens belligérants tout en brouillant les cartes de tous.

Et ce qui serait vrai pour la France serait vrai pour tout pays.

D'ailleurs, en vain on chercherait les nations, il n'y aurait plus de frontières.

On chercherait inutilement les régions sous-développées, nulle part il n'y aurait de crève-la-faim.

Nous aurions certainement encore à déplorer de nombreux malheurs, mais qui ne seraient pas, l'anarchie régentant le monde, le fait d'individus.

Vive l'Anarchie !

Mais avant, et pour y parvenir A bas tous les mangeurs d'hommes !

Louis Lecoin


Dans le numéro suivant, qui ne parut qu'en octobre — le journal ne paraissant pas l'été — Louis Lecoin revenait en page 7 sur les "événements".

A propos des événements de Mai et Juin

Il a été dit et écrit énormément sur les événements de mai et juin. Beaucoup de bonnes choses, mais beaucoup de conneries — beaucoup plus, beaucoup trop.

L'oubli, le défaut de mémoire, la mauvaise foi ont, dans tout le pays, au cours de discussions agitées, atteint un degré de démence rarement connu.

C'est la province, ce sont les campagnes qui ont porté sur les « voyous » de Paris le jugement le plus sévère en même temps que le plus injuste.

C'est pourtant la province, ce sont les campagnes, qui avaient indiqué la voie à suivre aux jeunes « enragés » de mai et juin.

En effet, depuis dix années les paysans de France ont barré toutes les routes du pays avec leurs tracteurs. Ça ne suffisait pas, ils ont abattu des arbres pour renforcer leurs barricades, scié des poteaux télégraphiques. Ils ont tenté souvent de saccager des sous-préfectures et des préfectures. Ils ont obstrué des voies ferrées — au risque de causer de graves accidents de chemins de fer. Ils ont même répandu du soufre sur certains chemins très fréquentés et y ont mis le feu. Des automobilistes en sont morts brûlés vifs qui ne purent à temps arrêter leur voiture.

Pendant dix années du règne gaulliste, ces déprédations, ces délits, ces morts d'hommes carbonisés ont été commis sans que, généralement, la loi ne s'en préoccupe. Rarement il y eut arrestation, et quand, par hasard un émeutier était coffré, c'était pour quelques heures. La radio, les journaux enregistraient simplement ces faits, ne les réprouvant point.

Et ce sont ceux-là, avec leurs familles, qui osent insulter de jeunes révoltés des grandes villes et voudraient les voir jeter en prison.

Allons donc !

Ce n'est pas ici que l'on blâmera l'agitation provinciale et paysanne. Elle n'eut certainement pas lieu de gaieté de cœur.

Mais nous demandons la réciproque pour les insurgés de mai et juin.

Nous le demandons à ces millions de campagnards pas toujours incompréhensibles.

Nous le demandons à de Gaulle, à Pompidou, à Couve de Murville, à mille autres pareils, tous profiteurs de la Révolution de 1789.

Nous l'approuvons, malgré cela, cette grande épopée, même si elle ne fut pas sans bavures, sans exactions, sans abominations, sans assassinats dégoûtants. Elle marqua le début d'une heureuse évolution qu'il faut poursuivre. Et que les étudiants et les jeunes ouvriers voulaient, en mai et juin, continuer.

La violence !

La révolution !

Elles ne nous enthousiasment pas outre mesure. Nous voyons trop, d'ailleurs, ce que les gouvernants russes en font.

Mais nous ne voulons pas, nous ne pouvons pas bouder devant l'action, devant une action qui possède en elle des promesses libératrices.

Je suis un pacifiste absolu, je ne donnerai ni un sou, ni un homme pour la guerre — pour n'importe quelle guerre. Jeter des peuples contre d'autres peuples est trop horrible et tellement insensé.

Mais à l'intérieur de chaque pays on ne peut nier la nécessité de certaines actions ni que des violences s'ensuivent inévitablement. Et, dans certaines conditions, je prends parti.

Je prends parti pour l'enchaîné contre l'enchaîneur, même si le premier commet des dégâts pour se délivrer.

Je préfère que les étudiants cassent du flic et du C.R.S. plutôt que le contraire se produise.

Ma non-violence si elle n'est pas efféminée est pourtant des plus nettes.

D'abord elle renforcerait, si c'était nécessaire, mon pacifisme.

Puis, elle m'amène à souhaiter au plus tôt l'avènement d'un monde où la douceur de vivre serait ressentie par tous sans exception. — Louis Lecoin.

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Published by C. Arnoult - dans Autour de HR
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