Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 18:17

Double dose d'écrits rynériens cet hiver : après l'anthologie d'articles Comment te bats-tu ? constituant le n° 16 du Grognard, c'est la réédition du (célèbre) essai L'Individualisme dans l'Antiquité, suivi de la (fameuse) conférence Des diverses sortes d'Individualisme et précédé pour la circonstance d'un (laborieux) pensum pondu par bibi , le tout tenant sur 150 p. dans un petit mais fort joli format à l'italienne (somptueusement) mis en page par les (prestigieuses) éditions du Sandre.

Voici l'objet :

1924-indi-antiq(2010)


Table de matières

  • L'Individualiste et l'Antiquité
    Han Ryner (1861-1938), par C. Arnoult — p .7
    [I. Philosophe ? — II. Fondation — III. Mutations — IV. Ecritures — V. Société(s) — VI. La Citadelle dans le Jardin]
  • L'Individualisme dans l'Antiquité
    (Histoire et Critique) — p. 41
    • Note préliminaire
    • Introduction
    • I. Les Sophistes
    • II. Aristippe et les Cyrénaïques
    • III. Epicure
    • IV. Les Cyniques
    • V. Les Stoïciens
    • Note finale
  • Des diverses sortes d'Individualisme — p. 123
    Conférence prononcée le 10 décembre 1921, pour le dixième anniversaire de L'Idée Libre

En "quatrième de couverture" :

Lorsque Socrate dit : « Connais-toi toi-même », il veut que je me connaisse, non pas métaphysiquement, non pas dans mon essence, non pas dans ce qui est insaisissable, mais dans ce qui est saisissable  il veut que je sache ce que je suis, ce que je veux et ce que je peux. La connaissance individualiste de moi-même comprend la double critique de ma volonté et de ma puissance.

 

H. R.

(C'est un extrait de Des diverses sortes d'Individualisme.)

Han Ryner, L'Individualisme dans l'Antiquité, suivi de Des diverses sortes d'Individualisme, préface de C. Arnoult, Editions du Sandre, 2010, 154 p., 16 euros, ISBN 978-2-35821-057-7.


J'allais oublier : Bonne année à toutes et à tous ! (J'aime les vœux pieux.)

Repost 0
Published by C. Arnoult - dans HR aujourd'hui
commenter cet article
4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 15:55

2010-Comment te bats-tuComme annoncé dans le billet précédent, le dernier numéro du Grognard est consacré à Han Ryner, avec une anthologie d'articles, dont certains me semblent fondamentaux, et qui n'avaient jamais été repris en volume.

Voici ce que j'écris dans une note sur le choix des textes :

Cette anthologie a pour but premier de donner une visibilité à des articles inédits en volume, difficilement accessibles, qui explicitent pourtant de belle façon certains aspects de la pensée de Ryner. On trouvera ainsi un premier ensemble de textes qui permettent de bien saisir la singularité rynérienne par rapport à l'individualisme, dans lequel il s'est reconnu, mais aussi par rapport à la mouvance de pensée anarchiste, dont je ne crois pas que l'on puisse l'exclure, même si cette étiquette lui était indifférente. Tous ces écrits tournent autour du problème de la fin et des moyens.

Le second ensemble est constituée de chroniques parues dans le Journal du Peuple, chroniques d'actualité en quelque sorte, que l'on pourrait même qualifier de « politiques » si Ryner n'avait pas toujours accordé le plus profond mépris à ce qualificatif. Elles furent écrites en 1922, en une époque qui n'est pas sans rappeler la nôtre : la droite dure est au pouvoir, la répression bat son plein... Dans ces articles, Ryner soutient les victimes, mais on sent aussi chez lui une certaine jubilation à tremper sa plume dans le vitriol, et à en souffleter les mufles officiels.

*

Le sommaire est le suivant :

  • Introduction par C. Arnoult
  • Note sur le choix des textes
  • Textes de Han Ryner :
    • - Aux urnes citoyens
    • - Comment te bats-tu ?
    • - Révolutions sans révolutionnaires
    • - Les vrais révolutionnaires
    • - A propos de la non-violence — Quelques fragments
    • - Le seul effort utile
    • - Individualisme et solidarité
    • Articles parus dans le Journal du Peuple :
      • - Montons sur le banc
      • -Asseyons-le
      • - Propagande ! Propagande !
      • - La paix ! la paix ! la paix !
      • - Amnistie ! Amnistie !
      • - Face à la justice
    • - Vivent les abeilles !
  • Repères biographiques
  • Prolongements
  • Du côté des livres [sur Les Jardins statuaires de Jacques Abeille]

Comme toujours au Grognard, on a soigné l'illustration, avec notamment des bois gravés de Louis Moreau et de Gabriel Belot, qui étaient des amis de Ryner.

Le tout fait 92 pages, qu'on peut commander pour dix ronds à cette adresse (ou réclamer à son libraire — Le Grognard n° 16, décembre 2O1O, ISBN 978-2-84712-273-2).


Quelques extraits :

Quant aux pauvres bougres d'électeurs, dont tout l'office social consiste à subir l'arbitraire des lois et des faiseurs de lois, vous les avez châtrés rasibus des deux privilèges qui seuls constituent le citoyen. Quand tu leur donnes le magnifique titre historique, tu pousses l'astuce ou la politesse jusqu'à t'émerveiller devant la virilité des eunuques.

*

Justice d'abord&nsbp;?... Oui, si par là j'entends que je veux faire au moins tout ce qui est juste et par les seuls moyens quis sont justes. Non si j'entends que j'exigerai d'autrui tout ce qui me paraîtra juste.

*

Les révolutions politiques ont changé de main l'autorité publique et elles ont modifié son nom officiel. Une révolution sociale détruira la propriété de la même façon que les révolutions politiques ont détruit le pouvoir personnel. Le peuple, après cet effort, sera propriétaire exactement comme, après les quatre efforts politiques, il est « souverain ». On parlera par discours et par affiches au glorieux « peuple propriétaire ». Nous jouirons d'une fiction de plus. Nous rirons, si on nous permet de rire, d'un nouveau mensonge.

*

Toute révolution violente est vaincue si elle ne consent pas aux disciplines, aux obéissances, aux chefs ; escamotée, si elle y consent.

*

D'ailleurs tant qu'on demandera son mot d'ordre à Gandhi ou à n'importe qui, on démontrera que la libération est encore impossible.

*

Le vrai révolutionnaire est détaché de tout l'extérieur, présent ou futur, de la naïveté de la conquête et de la naïveté de l'espoir. Il est l'homme réalisé. Il ne sait pas si un avenir humain se produira jamais ; il est prêt, voilà tout, et si l'avenir humain se réalise un jour, il aura été l'homme de l'avenir.

*

On devine que l'avocat, dans mon songe, enlevait l'acquittement. Et la salle retentissait d'un double cri : « Vive Clemenceau ! Vive Cottin ! »

*

Il y a plus d'un moyen de déposer ou de supprimer un tyran. La plupart de ces moyens nous livrent à un autre. Mais il y a un moyen — un seul — de tuer à jamais le tyran : c'est de le tuer en nous.

Ceux qui ne veulent plus de tyran, qu'ils cessent d'avoir des âmes de laquais, des silences de valets, des consentements de soldats et d'esclaves.

*

Il me semble que le camarade est un peu exclusif et oublie quelques-unes de nos gloires. Le courage français n'était à base de pinard que les jours ordinaires. Pour les grandes occasions, ça se fabriquait avec un mélange de gniole et d'éther.

*

Abeilles qui tuez ; abeilles qui, au besoin, cherchez la « rosée » à la pissotière : valez-vous mieux que les hommes ?...

Vivent les abeilles, quand même, et vive l'humanité !


Si ce bouquin vous plaît, n'hésitez pas à télécharger, imprimer et diffuser la petite présentation disponible ici !

Repost 0
Published by C. Arnoult - dans HR aujourd'hui
commenter cet article
1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 18:28

Allez donc jeter un oeil à ceci, ceci et cela.

Repost 0
Published by C. Arnoult - dans HR aujourd'hui
commenter cet article
17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 18:37

Après Le Père Diogène en 2007, Le Cinquième évangile à l'automne dernier, c'est le Petit manuel individualiste qui a droit à sa réédition ! Réclamez-le à votre libraire — à partir de jeudi ou vendredi.


1905-pmi-2010Présentation de l'éditeur :

L'AUTEUR : Philosophe et journaliste français, Han Ryner (1861-1938), de son vrai nom Jacques Élie Henri Ambroise Ner, adopta très tôt des positions pacifistes et lutta jusqu'à sa mort pour la reconnaissance de l'objection de conscience. Anticlérical virulent, il s'opposa à l'emprise et au pouvoir de l'Église catholique, notamment en matière d'éducation. Humaniste avant tout, il se plut à qualifier son individualisme d'« harmonique » plus que d'« égoïste ». Souvent surnommé le « Socrate contemporain », Han Ryner est un sage curieux de tout et dont l'œuvre témoigne de la rhétorique délicate et raffinée.

LE LIVRE : Présenté sous la forme d'un dialogue intérieur, ce manuel est une petite somme intellectuelle que quiconque se réclamant de l'anarchisme individualiste peut être amené à faire sienne. Sagesse, règle de vie, l'individualisme est une philosophie pratique, qui doit conduire vers un but précis qui n'est autre que le bonheur. Le bonheur étant propre à chacun, il faut, pour y accéder, se délivrer de la tyrannie de la Société, qui regroupe tous les hommes sous une même entité. Selon Ryner, sa conquête est garantie par une harmonie parfaite entre les actes et la pensée, dont se fait l'écho sur le plan formel ce dialogue entre soi et soi, voie et voix pour atteindre l'harmonie, état de sagesse et de liberté absolue. Cet échange de vues essentielles est un rempart à toute tentative d'exercice de quelque pouvoir autre que celui de notre volonté.

EXTRAIT : Que doit faire l'individualiste imparfait en face de la contrainte sociale ?
Il doit défendre contre elle sa raison et sa volonté. Il repoussera les préjugés qu'elle impose aux autres hommes, il se défendra de l'aimer ou de la haïr ; il se délivrera progressivement de toute crainte et de tout désir à son égard ; et il se dirigera vers la parfaite indifférence, qui est la sagesse en face des choses qui ne dépendent pas de lui.

Références :
Han Ryner, Petit manuel individualiste, suivi de « Un sage turbulent » par Bernard Pautrat, éditions Allia, 2010, 80 p., 6,10 €. ISBN : 978-2-84485-338-7


On en recause très prochainement !

Repost 0
Published by C. Arnoult - dans HR aujourd'hui
commenter cet article
13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 17:04

amer3-dosDans la tératologie des petites revues contemporaines, Amer est un sujet de choix. Une sorte d'hybride entre la revue d'études littéraires farcies de notes de base de page, et le fanzine underground (oï! oï!) anti-© et no profit. Un mélange des genres qui ne doit pas plaire à tout le monde mais qui, personnellement, me réjouit fort.

C'est édité par les Ames d'Atala, « maisonnette d’édition consacrée aux littératures finiséculaires » se donnant pour but de « révéler la monstrueuse beauté de textes déviants, joyaux de la fange pornographique, médicale ou prolétaire qui éclaboussent les fins de siècles. »

Amer en est à sa troisième livraison, et celle-ci est consacrée au cœur. On se doutait bien que sur un tel thème, on aurait droit à du rouge bien saignant, plutôt qu'à de la fleur bleue. Et on n'a pas été déçu ! A commencer par la couverture, « coruscante » mais effectivement assez « dégueulasse » — selon les mots mêmes d'Atala... Jugez vous-mêmes.

Amer 3Confirmation à l'intérieur, avec un porte-folio de photos d'opérations du Dr Doyen, chirurgien virtuose et visionnaire, et des dessins d'Anne Van der Linden, entre autres illustrations.

Côté textes, on pourra lire, pêle-mêle (et sans mentionner toutes les petites brèves autour des bouquins, disques, sites et revues) :

Fibrillations littéraires, un triptyque nécrographiques — Laforgue, Hofmannsthal, Lombroso —, par Ian Geay. Autre étude : Le sexe du cœur, un bel « essai de stéthoscopie de la poésie lyrique » par Anne Berger. Et puis, par-ci par-là, des interventions de deux de nos plus éminents confrères en blogosphère, Bruno Leclercq, alias Zeb de Livrenblog, et Eric Dussert, le préfet maritime de l'Alamblog — interventions relatives à Félix Fénéon, Paul Adam et Camille Claudel.

— des entretiens : avec Caroline Granier, dont tout visiteur un peu consciencieux du blog Han Ryner sait à quel point est indispensable Les Briseurs de formules, somme sur les écrivains anars de l'entre-deux siècles ; avec les éditions Sao Maï autour de leur réédition du Tableau de Paris sous la Commune, panégyrique de la Commune attribué à Villiers de l'Isle-Adam ; avec Taï Luc, chanteur de La Souris Déglinguée, groupe fin-de-siècle (le XXè!) — il s'agit en réalité d'une début de conversation, on attend impatiemment la suite au prochain numéro ; enfin, et c'est celui qui m'a le plus intéressé (faut dire qu'Atala y a mis une certaine ferveur...), un entretien avec Claude Louis-Combet, romantique nocturne, écrivain de la quête intérieure et éditeur de textes spirituels étranges et oubliés (cf. ici et ) — j'y reviendrai brièvement un de ces jours, parce qu'il me semble y avoir quelque rapprochement à faire avec certaine démarche d'écriture de Ryner.

Espèce d'ordure, une fantasmagorie stercoraire de Lolita M'Gouni, qui écrit de nos jours, et La maladie de cœur, extrait hilarant du Tutu par la princesse Sapho, qui écrivait jadis (1891), ainsi qu'un texte, bien marrant aussi, de Maurice Beaubourg sur La littérature des assassins (toujours en 1891). Et aussi : une Ballade de la peine de Péguy, des lettres de guerre, et surtout d'amour, A cœur perdu, avant qu'en fin de numéro Elisée Reclus nous salue de tout cœur ! Mais entretemps, on aura encore lu, tiens, tiens, Les laborieux, décrits par un certain Han Ryner...

Qu'est-ce qu'un conte de Ryner — le doux anarchiste, le pacifiste néo-stoïcien, le sage de l'individualisme d'harmonie ! — peut bien faire dans Amer, au milieu de « textes déviants, joyaux de la fange pornographique, médicale ou prolétaire qui éclaboussent les fins de siècles » ?

Eh bien, disons que dans certains de ses contes, Ryner ne dédaigna pas les monstres, et que les laborieux qu'il imagine dans Les Voyages de Psychodore sont assez inoubliables... Cela commence ainsi :

C'étaient bien des hommes. Ils allaient droits sur leurs pieds et parlaient un langage articulé. Mais leur forme étonna Psychodore. La première singularité précise qui frappa son regard, ce fut la multitude de leurs bras et de leurs mains. Il essaya de les compter. Mais ces membres nombreux, les uns puissants et longs, les autres courts et grêles, étaient si irrégulièrement placés : sur la tête, sur le buste, sur les jambes. D'autres plus petits les couvraient comme rameaux, ramilles et feuilles couvrent les branches. Et tous ces bras étaient un peuple en travail. Quelque fois l'un d'eux tombait, accablé, s'arrêtait en un repos si las. Presque immédiatement un sursaut le remettait à la besogne. Il se hâtait, fatigué et honteux comme un esclave paresseux que surprend un maître implacable.

Dans ce pays, il n'y avait point de nuit. Continu, le travail, des bras grêles ou forts. Nulle douceur de sommeil, nulle paix ténébreuse. Sur l'agitation infiniment multiple de chaque corps, l'immobilité d'un soleil qui restait toujours, une brûlure perpendiculaire.

Le cœur apparaîtra dans la suite, et les tripes avec... Mais la suite, vous la lirez dans Amer (et si d'aventure, vous vouliez davantage de Psychodore, il nous reste pas mal d'exemplaires de ses Voyages — cf. ici).

Amer n° 3, 210 p. de revue finissante pour cinq ronds à l'ordre des Âmes d'Atala, à commander à Amer, porte cochère bleue, 82 rue Colbert, 59000 Lille (ou envoyer un mail à partir de leur site).

*

On en profite pour annoncer, édité très bientôt par les mêmes Ames d'Atala, Histoires hétéroclites, suivi du Destructeur : « Ces textes de Remy de Gourmont, réunis par [nos amis!] Ch. Buat & M. Lugan, — et postfacés par ce dernier, — ont pour commun d’avoir connu une édition pré-originale, journal ou revue, et de n’avoir jamais été, — à quelques exceptions près, — recueillis par la suite. L’ordre suivi est chronologique, sauf pour sept textes révélés être les chapitres d’un roman inédit, — et incomplet : le Destructeur. » 168 p., là encore pour 5 euros (c'est cadeau).

flyergourmontada


Note 1 : tous les "œ" des cœurs de ce billet ont été obtenus par la combinaison de touches Alt + "0156", que je vous recommande vivement !

Note 2 : d'autres annonces venant d'autres horizons suivront bientôt.

De notre époque somnifère
Aux larges effrois calculés,
Verrons-nous poindre aux horizons blessés
Ces temps que nous espérons moins amers ?
Repost 0
Published by C. Arnoult - dans HR aujourd'hui
commenter cet article
12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 20:31

Voici presque 100 ans paraissait Le Cinquième évangile, aux éditions Eugène Figuière. Le manuscrit était en souffrance d'éditeur depuis 1906. Des extraits avait pourtant paru en 1907 dans La Phalange, mais des désabonnements en nombre de lecteurs outrés contraignirent Jean Royère à interrompre l'expérience ! Par la suite, ce texte fut refusé par diverses maisons, dont Stock.

Un demi-siècle après Renan, écrire une vie de Jésus sans se conformer aux dogmes religieux continuait à choquer. D'autant que la version de Ryner est tout à fait singulière. Expurgeant le récit de toute péripétie surnaturelle, il ne se contente pas d'une paraphrase des évangiles canoniques : s'il en garde la trame et reprend un certain nombre d'épisodes, il les adapte, les modifie, parfois les retourne complètement, et en ajoute aussi de son cru. Evidemment Ryner "rynérise" Jésus, comme il "rynérisa" Epictète, comme il "rynérisera" Socrate. Ajoutons qu'il a su donner à son œuvre un souffle poétique qui n'a rien à envier à la prose biblique. On s'en apercevra en lisant ici un extrait.

Mais revenons aux vicissitudes de l'édition. C'est donc Figuière qui prit le risque de publier Le Cinquième évangile, et il ne dut pas s'en trouver plus mal puisque l'ouvrage de Ryner se vendit bien. La date indiquée sur l'édition originale est 1911 mais elle fut achevée d'imprimer en septembre 1910, et un "banquet du Cinquième évangile", plus ou moins organisé par Figuière, eut lieu le 4 décembre 1910, dans une atmosphère quelque peu houleuse... On l'a évoqué ici et .

Ce livre fut réédité chez Athéna en 1923, puis par Belfond en 1976 (avec une préface de Franz Hellens).

Il reparaît aujourd'hui, à une enseigne quelque peu inattendue, puisqu'il s'agit des éditions Théolib, éditions protestantes libérales.

Inattendue ? Pas tant que ça, quand on sait que Le Cinquième évangile fut plutôt bien accueilli en son temps par les protestants libéraux. Parmi eux, le pasteur Etienne Giran fut même enthousiaste (cf. ici) et, paraît-il, prêcha sur des extraits du texte de Ryner... Il publiera à son tour en 1927 une réécriture de l'évangile : L'Evangile retrouvé. Giran, entré dans la Résistance pendant la seconde guerre mondiale, fut déporté et mourut à Buchenwald en 1944.

C'est en lisant et en rééditant Giran que Pierre-Yves Ruff, de Théolib, découvrit le bouquin de Ryner, qui lui plut et qu'il décida de rééditer.

*

Je suis matérialiste : je crois que l'esprit n'est rien d'autre qu'une activité corporelle, au même titre que la circulation sanguine, la respiration, la digestion, etc. (ce qui ne préjuge en rien de l'importance que je peux donner à telle ou telle activité). Je crois que l'esprit disparaît lorsque le corps meurt, que rien ne lui survit (et c'est à mon point de vue une excellente chose). Je suis positiviste, étant strictement et viscéralement incapable de concevoir et d'accepter quelque transcendance que ce soit. Je crois qu'aucune volonté n'a présidé à la création de l'univers (si création veut encore dire quelque chose appliqué à l'univers) et qu'aucune volonté ne préside à ses destinées. Je crois tout cela (j'ai quelques raisons de le croire), mais je ne crois pas que que cela me rende meilleur ou supérieur à ceux et celles qui ne croient pas la même chose. Le matérialisme, non plus que le spiritualisme, n'a jamais rendu personne meilleur. En revanche le dogmatisme, qu'il soit spiritualiste ou matérialiste, a conduit aux joyeusetés de l'inquisition et du goulag (deux exemples parmi d'autres).

Ryner renvoyait dos à dos les dogmatiques de tous bords, les dogmatiques du positivisme comme ceux de la religion. Qu'on lise sa conférence Contre les dogmes, ou mieux encore, La Soutane et le veston !

De plus, et contrairement à votre serviteur, Ryner n'était pas matérialiste : il pensait l'esprit davantage comme une substance que comme une simple activité physico-chimique, et croyait en sa survie. Quant à savoir les modalités de cette survie, elles étaient pour lui l'objet de rêveries, dont on peut avoir un aperçu dans son roman patchwork La Vie éternelle. La métaphysique fut toujours pour lui un objet de rêve, avec tout ce que cela comporte de poésie, et cette part de rêve est assurément l'une de ses nécessités intérieures. Au cours d'une intervention lors d'une conférence du pasteur Giran, Ryner se donna d'ailleurs pour un "libre-rêveur", expression qui rend sans doute plutôt bien à la fois la distance et la proximité entre lui et Giran, lequel se reconnaissait "libre-croyant".

Dans ce que j'ai pu comprendre du protestantisme libéral, que je ne connaissais pas avant que P.-Y. Ruff ne m'annonce son projet de réédition, il y a en premier lieu, chez les personnes qui se réclament de ce courant, ce côté "libre-croyant" : ils ont une foi, certes ; ils sont chrétiens en ceci qu'ils sont attachés, sans doute davantage qu'à d'autres actes et à d'autres paroles, aux paroles et aux actes d'un individu que l'on connaît sous le nom de Jésus ; individuellement, chacun a des croyances auquel il tient ; mais ils ne cherchent pas à les imposer à qui que ce soit, et cela même est un principe qui les fédère.

De ce dernier point de vue, ils sont certainement plus proches de Ryner que peuvent l'être certains prétendus libres-penseurs .

Tout cela pour dire, mais je crains que cela ne soit pas évident pour tout le monde, qu'il serait idiot de voir dans cette réédition inattendue une récupération d'Han Ryner par de méchants croyants désireux de faire tourner les cerveaux en sauce blanche.

Et c'est pourquoi j'ai accepté de faire une petite postface, que l'on pourra bientôt lire sur ce blog, dans laquelle je donne quelques brèves indications sur ce que je crois comprendre du rapport de Ryner au christianisme, et de son point de vue sur la figure de Jésus.

Quant à la préface, elle est de Pierre-Yves, et si son optique de "libre-croyant" me déconcerte un peu, notamment quant il parle de la "théologie de Ryner", je lui suis reconnaissant d'apporter un éclairage original sur ce très beau texte qu'est Le Cinquième évangile. Il écrit d'ailleurs à la fin de sa préface :

Quand nous lisons un texte, nous en faisons toujours — mieux vaut en général s'en rendre compte — quelque chose de différent. Lire, c'est entrer dans un univers, le faire sien, trouver notre façon d'en faire notre demeure, de l'habiter secrètement. Dès lors qu'elle est profonde, la lecture engage toujours le plus intime de nous-même.

D'aucuns rêvent parfois d'une lecture transparente, d'une pure répétition, rêvant d'une compréhension à l'identique. C'est un rêve de militaire. Quand un ordre est donné, mieux vaut qu'il soit compris tel quel.

Mais aussitôt qu'il y a quelque chose de plus, dès qu'un peu de lumière, venue de l'intérieur, éclaire la lecture, il y va d'autre chose. Heidegger avait souligné la nécessité, pour un auteur, d'être compris différemment de la façon dont il se comprenait lui-même. Nécessité, car sans cela, il n'y a pas de vraie lecture, il n'y a pas de relation.

Cela, Ryner le subjectiviste ne l'aurait certes pas désapprouvé, quand bien même il se serait agi de la lecture de l'une de ses œuvres ! Et la conclusion de Ruff lui aurait aussi fait plaisir :

Je me demande si par cet acte de récriture qui est aussi, en certains cas, une trahison avérée du texte, Ryner n'est pas, au bout du compte, bien plus fidèle à l'évangile que nombre de ceux qui pensent avoir appris à le lire et à le prêcher.


Présentation de l'éditeur et références :

Ce livre est une petite merveille, dont on peut dire beaucoup de choses, mais qu'il convient surtout de laisser parler. Nous en donnons ici seulement les premières lignes, espérant que cela sera pour le lecteur une invitation au voyage, à la découverte d'un évangile revisité, réinventé parfois par un poète libertaire, "néo-stoïcien" peut-être, mais dont le stoïcisme est avant tout un appel à l'amour et au bonheur :

Plusieurs ayant écrit des choses qu'ils trouvaient dans leur cœur mais qu'ils croyaient que d'autres avaient vues avec les yeux du corps ou entendues avec les oreilles charnelles ;

J'ai voulu aussi, ô mon âme d'amour et de rêve, mettre par ordre ce que tu sais, après m'en être exactement informé auprès de toi.

Et, puisque le souvenir de Jésus, fluide et flottant comme un fantôme, a pris les formes successives des poètes qui se croyaient des historiens,

Il prendra bien encore la forme d'un rêveur qui n'ignore point que son rêve est un rêve.

Han RynerLe Cinquième évangile — Avant-propos de Pierre-Yves Ruff, postface de C. Arnoult — Théolib, coll. Sources laïques, Paris, s.d. [2009], 194 pages. 18 €.

Remarque : dans ma postface, j'évoque deux textes de Ryner, inédits en volume, qui devaient enrichir cette réédition. Un oubli de dernière minute a conduit à l'absence de ces deux textes dans le volume. Un addendum peut être téléchargé ici. A imprimer recto-verso et à insérer dans votre exemplaire (s'il ne le contenait pas).

A l'heure actuelle, l'ouvrage n'est pas diffusé en librairie, et doit donc être commandé auprès de l'éditeur. Je dispose de quelques exemplaires réservés aux visiteurs et visiteuses du blog (me contacter).

Repost 0
Published by C. Arnoult - dans HR aujourd'hui
commenter cet article
3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 16:33

Une bonne nouvelle pour nos ami-e-s germanophones !

Les éditions allemandes AV (http://www.edition-av.de/) ont réédité Nelti, qui n'est autre que la traduction par Augustin Souchy des Pacifiques de Han Ryner (Edition originale de la traduction : Berlin, Asy-Verlag, Gilde freiheitlicher Bücher freunde, 1931).

La postface est de Jürgen Mümken, qui a écrit et édité de nombreux livres sur l'anarchisme, dans une approche "postmoderne" (références à Foucault notamment). Comme je n'ai à peu près aucune notion d'allemand, je vous renvoie à son site : http://www.juergen-muemken.de/

La présentation de l'éditeur est à cette adresse : http://www.edition-av.de/buecher/lb3-nelti.htm. En voici une partie (merci à Vittorio pour la traduction) :

Han Ryner (1861-1938) appartient aux nombreux anars connus de son temps qui sont pratiquement oubliés en Allemagne aujourd’hui. Le but de cette publication est de faire que cet oublié le devienne un peu moins. Ryner n’était pas seulement un individualiste anarchiste, il était aussi enseignant, poète, journaliste et philosophe. Il était anticlérical, végétarien et un tenant de l’amour libre et de l’association volontaire. Dans son roman utopique Nelti Ryner nous offre un aperçu de ses opinions philosophiques et politiques, sa conception de l’individualisme harmonique et sa voie vers la construction d’une société libre. Ryner base son utopie sur l’île perdue de l’Atlantide, où il construit une utopie classique qui a son point d’origine en un naufrage et le sauvetage des naufragé par les Atlantes.

Référence : Han Ryner, Nelti, übersetzt von Augustin Souchy mit einem Nachwort von Jürgen Mümken, Verlag Edition AV, 2008, 176 Seiten, ISBN 978-3-86841-006-8, 14 €

On peut lire les dix premiers chapitres des Pacifiques à partir d'ici, et une petite analyse de ce livre par Caroline Granier .

Deux autres livres de Ryner furent en leur temps traduits en allemand : Le Livre de Pierre (Gespräche mit Peterschen, trad. Anna Nussbaum, Vienne-Leipzig-Zurich, Frisch Ley Verlag, 1920) et Les Voyages de Psychodore (Psychodors Wanderschaft, trad. Fred Anton Angermayer, Leipzig, Wolken Wanderer Verlag, 1924).

Notons qu'il existe en Allemagne un important courant se revendiquant à la fois de l'anarchisme, de l'écologisme et de la non-violence, en particulier autour de la revue Graswurzelrevolution (http://www.graswurzel.net/, cf. aussi un article dans Réfractions n°5).

Ajoutons que l'une des principales personnalité de l'anarchisme autrichien d'avant-guerre était Pierre Ramus (pseudonyme de Rudolph Grossmann), anarchiste communiste et non-violent, un bonhomme extrêmement intéressant (du moins pour le peu que j'ai pu en lire) qui mériterait vraiment d'être traduit en français. Le n°16 de la revue Anarchisme et Non-violence (janvier-février 1969) lui était consacré (on peut le consulter sur le site de La Presse Anarchiste).

En attendant, une autre figure très intéressante de l'anarchisme germanique est rééditée aux éditions du Sandre : il s'agit de Gustav Landauer (cf. ).

Sur l'anarchisme de langue allemande et notamment sur son courant non-violent, voir ce texte de Lou Marin sur le site du CIRA de Marseille.

Repost 0
Published by C. Arnoult - dans HR aujourd'hui
commenter cet article
20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 14:34
Mme Aurel en 1924
(médaillon tiré du
Drame d'être deux)

Plusieurs revues ont attiré mon attention ces derniers temps et je compte bien y consacrer un billet du même tonneau que ma glane estivale de l'été passé. Mais je me dois de signaler rapidement le numéro 5 d'une revue au joli nom, La Corne de brume, dans lequel il est brièvement question de Ryner, à l'occasion d'un fort intéressant dossier sur Aurel.

Aurel : un nom très oublié de nos jours, qu'ont cependant dû rencontrer pas mal de biographes d'écrivains de la première moitié du XXe siècle, ainsi que les lecteurs du journal de Léautaud. Mme Aurel, née Aurélie de Faucamberge, veuve du peintre Cyrille Besset, épouse du poète et traducteur Alfred Mortier, tenait en effet salon au 20 rue du Printemps, dans le XVIIe à Paris, salon qui vit défiler bien des gens des lettres, des arts et du monde. La maîtresse des lieux se consacrait en particulier à aider et à défendre les jeunes poètes, qui ne la payaient d'ailleurs pas toujours de gratitude.

Ryner était un habitué de ce salon, et entretenait des relations amicales avec Aurel et Alfred Mortier. Qu'est-ce qui plaisait à Ryner dans ce milieu certes progressiste — Aurel était à sa manière une ardente féministe —, mais somme toute assez bourgeois ? Probablement la grande liberté de parole qui semblait de mise aux soirées littéraires de la maison. On pourra le constater quand j'aurai mis en ligne une article de HR sur le salon d'Aurel.

Toujours est-il que Ryner et Aurel collaborèrent en 1923 pour écrire un essai par lettres sur l'amour et le couple : Le Drame d'être deux. C'est précisément sur l'élaboration de cet ouvrage que porte l'un des extraits du Journal inédit de Mme Aurel publiés dans La Corne de brume. Ce Journal, dont le manuscrit est conservé à la BNF, a été transcrit intégralement par Laurent François (qui a d'autres cordes à son arc, puisqu'il est aussi président des Amis d'Henri Duvernois, écrivain dont j'aurai d'ailleurs l'occasion de reparler lorsque je publierai des documents sur l'élection du Prince des Conteurs). Espérons que ce Journal pourra un jour trouver éditeur — nul doute qu'on y trouvera de nombreux renseignements sur la vie littéraire de l'époque, comme en témoignent les quelques extraits présentés dans La Corne de brume.

En attendant, toute notre reconnaissance à Laurent François à qui l'on doit ce dossier, dont voici le sommaire :

1) Mme Aurel, ou Histoire d'une amitié posthume [p.12-17, informations biographiques par L. François]
2) Extraits du Journal inédit de Mme Aurel [p.19-46]
3) Notes des extraits de ce Journal [p.47-55, L. François]
4) Bibliographie d'Aurel (Livres et manuscrits) [p.57-61, L. François]
5) Hommage à Cyrille Besset (1861-1902) [p.63-66, texte inédit de Besset]
6) Hommage à Alfred Mortier (1865-1937) [p.67-73, sept poèmes de Mortier]

Outre le dossier sur Aurel, on trouvera dans ce numéro 5 des articles sur Eugène Brieux (auteur de pièces de théâtre), le poète Serge Brindeau et le romancier Roger Bésus, ainsi que des poèmes de J.J. Chollet et quelques notules sur diverses parutions récentes.

Je reviendrai prochainement sur Ryner et Aurel.

La Corne de Brume est la revue du C.R.A.M., le Centre de Réflexions sur les Auteurs Méconnus, association créée en 1988 qui a pour but de "favoriser l'étude des œuvres d'auteurs méconnus, français et/ou d'expression française, de la littérature du XXe siècle (mais non exclusivement)". Ce genre d'activités ont bien sûr toute notre sympathie. Pour plus d'informations, notamment pour commander la revue, rendez-vous sur : http://lebretteur.free.fr/, site de l'éditeur et secrétaire du C.R.A.M. Bernard Baritaud.

Repost 0
Published by C. Arnoult - dans HR aujourd'hui
commenter cet article
14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 21:15

J'ai mentionné à plusieurs reprises l'indispensable thèse de Caroline Granier sur les écrivains anarchistes. On sait qu'un extrait concernant les utopies a déjà été publié aux éditions du Monde Libertaire (mon compte-rendu ici), extrait qui contenait une petite étude sur Les Pacifiques (). Le travail dans son ensemble est accessible dans la partie Thèses et Mémoires de R.A. Forum, mais si comme moi, vous préférez pouvoir compulser fébrilement les feuillets de beaux volumes plutôt que cliquer sur des écrans de navigateur, alors vous serez heureux d'apprendre que ce boulot est enfin édité sur papier !

469 p grand format de littérature et d'anarchie pour 35 € chez Ressouvenances, 3, rue de la Cidrerie, 02600 COEUVRES-ET-VALSERY. http://www.ressouvenances.fr

J'en reparlerai quand je me serai procuré ce bouquin. En attendant, voici la couverture et la présentation de l'éditeur.

Dans quelle mesure existe-t-il une littérature anarchiste, durant l’apogée intellectuel et social que vécut le mouvement libertaire dans la première époque de la IIIe République, passée la proscription des communalistes ? Quelles en sont les thématiques, les problématiques, les contradictions ? En abordant ces questions, l’auteure fait ressortir une face méconnue, occultée, de la fin du XIXe siècle.

Au lieu d’une minorité circonscrite et négligée, nous rencontrons, dans le cours d’un mouvement à la fois politique, esthétique et philosophique, une pléiade d’individualités passionnées, sarcastiques, utopistes, irrévérencieuses, graves, dont les apports multiples dialoguent avec les artistes sinon plus avancés, du moins notoires, de leur temps. Leurs rencontres avec les milieux naturaliste et symboliste, non dénuées d’ambiguïté et d’incompréhension mutuelles, constituent cependant un moment fructueux et spécifique de l’histoire littéraire.

L’influence des recherches et des publications anarchistes s’étend bien au-delà de leur participation, primordiale, à la défense du capitaine Dreyfus. Journaux, revues, scènes théâtrales, chansons, luttes sociales (grèves, manifestations) et individuelles (propagande par le fait, entre autres dans sa pratique « terroriste » qui est la plus célèbre) sous-tendent une critique multiforme de la société bourgeoise et de l’État. Avoir dégagé l’interaction entre ces deux piliers de la civilisation dominante permit, peut-être à la façon d’un levier, des avancées et des anticipations dont beaucoup ne se sont popularisées qu’un siècle plus tard.

La scission inhérente à la représentation civile, l’illusionnisme de l’économie capitaliste, le conformisme de l’art académique et la nécessité d’un « art social », la duplicité des idéaux républicains, les enjeux d’une écriture véridique de l’Histoire et de ses déchirements (telle la Commune de Paris), les entraves éducatives à un épanouissement individuel, y compris dans les rapports amoureux — ces thèmes ont alors été abordés, expérimentés, discutés. Ce creuset libertaire initia ainsi un long processus de dissolution progressive des modèles moralistes et culturels de l’assujettissement. Il exercera une influence directe sur les mouvements d’avant-garde artistique du siècle suivant (futurisme, dada, surréalisme, et au-delà…) et plus diffuse jusque dans l’après-1968.

La présente évocation — à la fois chronique, commentaire, analyse d’œuvres clefs — montre les thèmes de cette tendance s’entrecroiser selon différents points de vue (culturels, théoriques, politiques, « esthétiques », individualistes). Ses auteurs (Jules Vallès, Louise Michel, Georges Darien, Charles Malato, Émile Pouget, Bernard Lazare, Mécislas Golberg, Séverine, André Léo, Octave Mirbeau, Jean Grave, Sébastien Faure, Georges Eekhoud, Zo d’Axa, Han Ryner…) polémiquent, innovent, défrichent les chemins d’une transition entre, d’une part, la lutte sociale contre la misère économique et, d’autre part, la subversion de la totalité des conditions et des mœurs qui traduisent et reproduisent cette misère. Longtemps bannie, contournée par la culture institutionnelle, une époque charnière reparaît dans son ampleur et sa créa­tivité, grâce à un livre-somme qui est une contri­bution essentielle à son histoire.

Repost 0
Published by C. Arnoult - dans HR aujourd'hui
commenter cet article
26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 14:10

Aux débuts des années 1920, Han Ryner collabora à la revue belge d'avant-garde Ça ira.

Par exemple, l'article sur L'Ouragan de Florian-Parmentier, mis en ligne récemment ici, parut dans Ça ira en janvier 1921. La conférence sur Les Artisans de l'Avenir (lire) fut coéditée par Les Amis de Han Ryner et Ça ira.

Sur le très intéressant blog consacré à cette revue (http://caira.over-blog.com/), Henri-Floris Jespers fait le point sur la collaboration de Han Ryner. C'est à cette adresse : http://caira.over-blog.com/article-20731864.html.

Je pense que j'aurai l'occasion d'en reparler.

Repost 0
Published by C. Arnoult - dans HR aujourd'hui
commenter cet article

Que trouver ici ?

Des textes et documents de, sur et autour de Han Ryner (pseudonyme de Henri Ner), écrivain et philosophe individualiste, pacifiste et libertaire. Plus de détails ici.

Recherche

A signaler

⇓ A télécharger :
# une table des Cahiers des Amis de Han Ryner.
# les brochures du Blog Han Ryner.
# un roman "tragique et fangeux comme la vie" : Le Soupçon.

ƒ A écouter :
l'enregistrement d'une conférence de Han Ryner.

 Bientôt dans votre bibliothèque ?

De Han Ryner :

L'Homme-Fourmi
La Fille manquée
http://www.theolib.com/images/lulu/sphinx.jpgLe Sphinx rouge
Les Paraboles cyniques
L'Individualisme dans l'Antiquité
Comment te bats-tu ?
1905-pmi-2010Petit manuel individualiste
Le Cinquième évangile
Couverture de la réédition du Le Père Diogène
Pour les germanistes... Nelti

Sur Han Ryner :

Le colloque de Marseille

Autour de HR :

4è plat de couverture du n°3 d'Amer, revue finissanteUn conte d'HR
dans Amer, revue finissante
Couverture du Ryner et Jossot
dans Le Grognard...
Couverture des Un livre de Louis Prat
Couverture d'une anthologie de poèmes d'Emile BoissierDes poèmes d'Emile Boissier
HR parmi les
Briseurs de formules

Contact

Ecrire aux Amis de HR
Ecrire à l'entoileur

Qui contacter pour quoi et comment...
Certains livres de Han Ryner sont encore disponibles → voir ici.