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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 17:23

On a pu lire récemment un fragment retranché du Cinquième évangile et qui devait en constituer l'incipit. Pour nous reposer un peu de Jésus, occupons-nous de Socrate. L'article suivant parut dans le Parthénon du 20 juillet 1922 [republication dans le n° 46 (3è trimestre 1957) des CAHR, pp. 24-25]. Il s'agit de "confidences littéraires" qui contiennent donc une préface retranchée du texte définitif des Véritables entretiens de Socrate (dont on peut lire une bonne partie ici).


Je suis de ceux qui corrigent beaucoup et qui retranchent sans regret. De chacun de mes livres un rabot inquiet arrache des pages. Souvent d'un roman je retranche un épisode entier, soit qu'il répète un effet, soit qu'il rabâche une pensée. Psychodore avait d'abord fait plus de vingt-huit voyages et conté plus de cinquante-deux paraboles. Même dans l'improvisation qu'est un article de jounal, je sens la nécessité de choisir. Mes chroniques du dimanche au Journal du Peuple, je les livre, en général, deux fois plus courtes qu'elles n'étaient venues d'abord.

Un accident peut-être curieux, c'est de devoir supprimer sans les remplacer les premières pages écrites pour un libre et qu'on destinait à ouvrir ce livre. Cet accident m'est arrivé deux fois.

Le premier manuscrit du Cinquième évangile débutait ainsi :

Pourquoi ai-je supprimé cette page dans l'authentique Cinquième évangile ?... L'idée qu'elle exprimait naïvement, à savoir que Jésus « fut la rencontre humaine du fleuve de sagesse grecque et du torrent de justice israélite » me hantait trop pour ne pas se trouver plusieurs fois sous ma plume. Il m'a semble qu'elle revêtait une forme plus poétique dans le symbole que constitue l'idylle de Marie et de Panthéros, dans le jaillissement aussi du morceau lyrique que la table des matières appelle le cantique de Panthéros.

*
*  *

Voici sur quoi s'ouvraient les deux premiers manuscrits des Véritables Entretiens de Socrate :

NOTE DU TRADUCTEUR

Combien de mes rêves s'enroulaient autour de ces paroles de Diogène Laërce : « Entre tous les dialogues socratiques, Panétius ne croit devoir admettre comme authentiques que ceux de Platon, de Xénophon, d'Antisthène et d'Eschine. »

J'ai trop pratiqué Platon et même Xénophon pour leur accorder encore beaucoup de confiance quand ils parlent de Socrate. Mes raisons de méfiance, je crois inutile de les indiquer ici : Antisthène les dit avec plus de force que je ne saurais faire et plus d'autorité.

Hélas ! les œuvres d'Antisthène qui me paraissaient passionnément désirables, passaient comme celles d'Eschine, pour irrémédiablement perdues.

Je ne conterai pas quelles âpres recherches et quelle série de hasard heureux m'ont permis de retrouver enfin — presque complet, si je ne me trompe — l'ouvrage dont je publie aujourd'hui une fidèle traduction. Je laisse aux explorateurs géographiques le soin de vanter leurs fatigues et leurs succès. Je conduis directement mes amis vers les trésors que je découvre, sans imposer à personne de refaire, intérieurs ou extérieurs, mes difficiles chemins.

Les hellénistes ou ceux qui se prétendent tels vont me reprocher de publier, non le texte qu'un bonheur immérité m'a fait découvrir, mais sa seule traduction. C'est que je ne travaille pas pour les érudits et les curieux. Socrate me passionne par sa beauté morale et son non-conformisme plus encore que par la grâce familière de ses discours. Les hellénistes n'ont d'ailleurs — voilà de quoi occuper ces messieurs — qu'à retraduire en grec la version très exacte (presque littérale, ma foi !) que je leur offre avec le même sourire qu'aux autres lecteurs.

J'ai d'excellentes raisons de croire à l'authenticité absolue et, si je puis dire, rynérienne, de l'œuvre que je viens de traduire avec mille scrupules amoureux et joyeux. Pourtant des interpolations ne sont pas invraisemblables. On sait qu'il faut toujours craindre avec ces aimables anciens. Voici, en toute simplicité, ce qui a, plus d'une fois, éveillé en moi quelques inquiétudes.

Nous ignorons les dates de la naissance et de la mort d'Antisthène. Mais nous savons qu'il était sensiblement l'aîné de Platon, et ce dernier est mort à 82 ans. Or, l'auteur des Véritables entretiens de Socrate connaît jusqu'aux œuvres de la vieillesse de Platon. Les habiles multiplieront, sans doute, les hypothèses explicatives et promèneront, je l'espère, de bien ingénieuses lumières sur ce point troublant et obscur. J'attends, de Messieurs les universitaires, plus d'une passionnante thèse de doctorat.

Quant à moi, voici deux suppositions très simples dont je me satisfais tour à tour et entre lesquelles j'aime autant ne pas choisir. Pourquoi la sobriété d'Antisthène n'aurait-elle pas fait de lui un centenaire ?... Si vous tenez à le laisser vivre moins longtemps que le délicat Fontenelle ou le laborieux Chevreul, l'œuvre que j'ai traduite peut être posthume. Aux yeux du disciple qui hérita des précieuses tablettes, ce qui importait seul, c'était, comme aux yeux du maître, l'édification morale. Fort d'une autorisation, formelle ou tacite, l'éditeur — peut-être le fameux Diogène — s'est permis quelques légères additions et a continué le combat contre Platon.

Je ne donne pas le présent volume pour une édition critique. J'ai traduit tout avec le même soin et je n'ai indiqué par aucun signe les rares passages qui sont ou de l'extrême vieillesse d'Antisthène ou d'un disciple trop fidèle à l'esprit pour se soucier toujours de la lettre. Nos savants me remercieront de leur avoir réservé quelque facile besogne.

La raison qui m'a fait effacer ce sourire sans malice est d'une grande simplicité. Il m'a semblé que la première phrase attribuée à Antisthène dressait assez heureusement la figure abrupte et familière du cynique : il y avait intérêt à ce que le lecteur se heurtât, sans préparation, à ce bloc rugueux et moqueur.

Deux professeurs de rhétorique pourraient instituer une belle controverse pour montrer en quoi j'ai eu raison, en quoi j'ai eu tort, quand j'ai préféré « l'exorde ex-abrupto » à « l'exorde insinuant ».

Han Ryner

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Published by C. Arnoult - dans De HR (articles)
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