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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 16:33

L'ami Daniel Lérault m'envoie ce texte saluant la réédition de la Fille manquée. Merci Daniel ! J'en profite pour rappeler que ce blog est ouvert à toute contribution sur ou autour de Han Ryner. Il ne faut surtout pas hésiter à m'envoyer des textes.


Longtemps j’ai eu l’espoir que le Québécois Louis Godbout, à qui j’avais procuré l’édition originale, aurait tenté sa réédition. Élargissant son horizon il en fit une simple présentation, parmi d’autres, à l’Université du Québec à Montréal, "Ébauches et débauches : la littérature homosexuelle française de 1859 à 1939&" :

Un autre portrait plutôt sympathique est celui brossé par Han Ryner dans La Fille manquée, surnom qui est donné au jeune et très joli héros par ses condisciples. Ici, tout se comprend et tout s’excuse par le manque d’affection, thème central illustré par l’épigraphe du roman : «&nsbp;L’homme a toujours besoin de caresse et d’amour. » (Alfred de Vigny). Masturbations mutuelles, fellations et même enfin la sodomie sont excusables pour le jeune garçon qui prend conscience du bonheur qu’il peut donner et qui devient ainsi « la reine » de l’Institut Saint Louis de Gonzague en distribuant à tous ses faveurs, même aux plus sales et aux plus laids. Il confie à un garçon : « Je t’aime, toi et tous ceux qui m’aiment, et je veux vous faire à tous tous les plaisirs que vous voudrez. » (p.47) Mais le grand amour de sa vie agira envers lui de façon abominable et l’histoire finit malheureusement par un suicide. La Fille manquée, qui date de 1903, est néanmoins un roman exceptionnel par son audace.

[Le texte de cette conférence est disponible intégralement à l'adresse : http://www.agq.qc.ca/telechargements/ConferencesLouisGodbout/nac-ed/ebauches.pdf]

Alors oui félicitons-nous de cette réédition par GayKitschCamp, dans sa collection QuestionDeGenre, de La Fille manquée qui se présente, par son contenu, comme un deux en un, voire un multiforme, ce qui, somme toute, est un reflet logique des penchants singuliers — androgynie oblige — des personnages du roman. L’iconographie, comme l’a soupçonné Clément Arnoult est magnifique, riche en documents de l’Époque dite la Belle et les feuillets, ceinturés d’une couverture illustrée, sont à vous faire bander l’âme ! Il s’agit de L’Ange déchu, du peintre montpelliérain Alexandre Cabanel, portraitiste de genre con-troversé mais parfaitement bienvenu et dont l’œuvre reproduite aurait, selon moi, été fort du goût de Han Ryner. A vous faire bander l’âme, en effet, au-delà des mots, des phrases, des descriptions, des comportements, il est bien question ici, comme dans la plupart des œuvres du conteur philosophe, de la vie et de la survie de notre âme, et non de cul pour le cul, même si le sexe n’en est pas absent, mais rien de comparable avec ce que la littérature a depuis produit ni même avec celle diffusée sous le manteau.

Les ouvrages de la collection QuestionDeGenre ont le mérite d’être accompagnés de documents originaux, le plus souvent d’un appareil critique et même d’une étude, comme c’est le cas ici, par Marie-France David-de Palacio et Patrick Cardon, analysant l’œuvre sous toutes ses formes et dans toutes ses dimensions mais aussi la dépassant largement — et cela peut être une incitation pour le lecteur qui souhaiterait découvrir les autres écrits d’Han Ryner —, en distillant éléments bio-bibliographiques et environnementaux, si je puis dire, inhérents à la carrière du Socrate du XXe siècle.

La postface est, à tous les points de vue, parfaitement éclairante, d’une d’analyse savante et fine tout à l’image du fin psychologue Han Ryner. De plus elle n’est pas réductrice, ne s’en tient pas, par exemple, à dire, comme avaient pu le déclarer des critiques passés, qu’il s’agit de la description de mœurs homosexuelles banales, mais elle nous montre et démontre son dépassement au domaine social et éthique.

Une toute petite parenthèse, amicale, au point que je m’en veux même de la signaler, aussi compté-je sur nos bons sentiments. Il s’agit d’E. Armand (1872-1962) cité en note à propos de l’anarchisme individualisme dont il fut l’un des propagateurs. L’ «  Émile Armand » ! Celui-là on nous l’a bien enfoncé et depuis longtemps. Sacré Ernest-Lucien Juin dit E. Armand, tu nous manquais et ça fait du bien de lire ton nom à toi l’En-dehors, à toi l’Unique ! Mais l’Émile, lui, on l’a bien enfoncé, on a tous fait l’erreur, au moins une fois, il est bien vivant et les plus jeunes vont refaire l’erreur ! C’est à désespérer de l’Histoire et de ses constructions malheureuses, qu’en individu je peux éviter mais que socialement nous ne pouvons abattre ! Passons…, je me retire avec l’autre Émile, celui de Jean-Jacques, qui est bien présent, en référence au mode des Confessions choisi par H. Ryner et à la libre éducation préconisée par les mêmes.

Experte en littérature fin de siècle, talentueuse exégète, Marie-France écrit : « La Fille manquée est bien plus qu’un récit parmi d’autres sur les amitiés particulières. Il s’en dégage un pathos qui n’a rien de convenu, une force, une authenticité et un réalisme psychologique étonnants pour cette époque ». L’œuvre est là, littérairement belle et j’engage les lecteurs qui ont pu être découragés après une dizaine de pages d’un livre de Han Ryner, tant par le traitement du sujet que par l’écriture, eh bien qu’ils essaient à nouveau en commençant par La Fille manquée et je gage que leur curiosité sera excitée et satisfaite, les mènera vers d’autres chemins, d’autres œuvres au caractère protéiforme mais laissant apparaître une pensée commune.

J’ajouterais seulement, pour le détail, pour le souvenir et pour l’avenir. Marie-France a judicieusement fait remarquer la précision des lieux et des dates donnée par Ryner dans son récit comme s’il avait souhaité ramener « ;le lecteur dans un temps contemporain de l’écriture et à deux ans près de la publication : 26 juin 1901 ». Cette intention d’Han Ryner est tout à fait exacte et l’on pourrait être tenté (pure spéculation ?) d’y rechercher des éléments d’un récit autobiographique ou encore d’un roman à clefs. Pourtant il n’en est rien, malgré d’autres dates précises de « journée des rencontres » inscrites dans le journal de François de Taulane (nom d’un village de la région de Forcalquier…) comme le 11 avril 1899…, date très réelle celle-là, puisque celle de la rencontre de l’écrivain avec l’écrivaine Jacques Fréhel… Lieux, dates, personnages réels, sont utilisés par Han Ryner qui n’invente donc pas tout mais utilise ceux-ci en les déplaçant ou les transformant. Grandville, où le couple se retrouve, est aussi le lieu où, au début du printemps 1900, le couple réel Ryner-Fréhel passe ses vacances et La Fille manquée y est écrit… Parmi les femmes qui, à coup sûr, ont marqué et fait évoluer – à cette époque – la personnalité de Han Ryner, sa conception de l’amour et du couple, qu’il soit hétéro ou homosexuel, ajoutons sa maîtresse Max Lyan, d’avec laquelle il vient de rompre – une des rares à avoir échappé totalement au Massacre des Amazones – et son épouse Aimée Ferrary… Ce sont-là quelques pistes qui permettraient un élargissement de la recherche, car il me semble possible d’établir de nouveaux liens et de nouvelles correspondances approfondissant notre connaissance du père Ner !

De tout mon cœur de membre des Amis de Han Ryner, merci Marie-France, merci Patrick, pour la courageuse, noble et magnifique réédition, qui redonne vie à un livre et à son époque et qui, je l’espère, sera une découverte ou, pour certains, une redécouverte… Et vous, internautes qui vous étonnez sur le blog Han Ryner, ne manquez surtout pas de lire La Fille manquée !

Daniel Lérault

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Published by C. Arnoult - dans Sur HR (CR)
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La Fille manquée
http://www.theolib.com/images/lulu/sphinx.jpgLe Sphinx rouge
Les Paraboles cyniques
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Le Cinquième évangile
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