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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 15:07

Une expo et un bouquin

(Quand l'ami Daniel Lérault s'occupe d'un pacifiste
... et de trois militaires)

[Du copinage éhonté, mais c'est mérité !]


Poème calligraphié de Jules Mougin extrait de Magma
(Metz, Atelier graphique, 1985, postface de Jean-Paul Klée, maquette de Claude Billon
— Edition bibliophilique tirée à 150 exemplaires hors commerce.)


Un comptable comptait
Un général comptait
Un grand savant cherchait
Un...
Un...
Un...
Un...
Un je ne sais quoi rongeait le coeur de l'homme.

C'était un poème de Jules Mougin. Toutes les citations qui suivent, sauf indication contraire, sont de Jules Mougin.

Jules Mougin est poète, a été facteur ...

Le comptable du ciel
A beau compter et recompter
Il lui manque toujours une étoile.
C’est le facteur rural
Qui l’a retrouvée
[...]

... est et a toujours été pacifiste ...

Tu comprends ce que je veux dire, j’ai une idée fixe, elle, la guerre, la plus salope des saloperies ! Je pense à elle toujours, comme d’autres, des millions d’autres pensent à leurs sous, à leurs vacances, à leur retraite, à leurs bons du Trésor, à la becquetansse, aux coucheries, aux moissons, à leur petite peinture, à leur petite poésie, à leurs petites affaires. La jeunesse souffre. Oui, elle souffre. Alors, moi, Mougin, je suis avec elle.

... a beaucoup écrit, dessiné, sculpté, la plupart du temps pour ses amis ...

Amis je vous ensoleille !

... et n'a jamais considéré l'art comme un travail ...

[...] Et il y a eu des prostitués qui se sont appelés bouffons, philosophes, prêtres, poètes, artistes et professeurs.
Leurs frères, dont le travail augmentait, se sont plaints. Les prostitués les ont appelés : « Envieux. » Et le Maître a répondu : « Leur intelligence a justement mérité à ceux-ci la meilleure part. » Et : « Il faut que tout le monde vive. » Et encore : « Tout travail mérite salaire. »
Bien que penser, chanter, sculpter, donner son âme et son esprit aux jeunes gens ne soient que des repos et des joies, le Maître avait raison d'employer le mot travail. Car ces naïfs, sous prétexte d'affranchir l'ange, avaient coupé ses ailes, et on allait le surmener, attelé à d'étranges besognes. Les misérables avaient vendu ce qui doit être donné en un élan d'amour. Le cerveau est un second coeur. Ses frémissements doivent rester libres, ne point servir à payer la vie de la bête. Pour ne plus travailler comme les autres esclaves, ces « penseurs » pensèrent en esclaves, sur l'ordre du maître, à l'heure du maître, ce que voulut le maître. Et la pensée, qui se nourrit de liberté, mourut comme l'amour : on décora de son nom la flatterie et le sophisme comme le nom de l'autre dieu était porté par les baisers menteurs et par les comédies de caresses. [Han Ryner, Prostitués (ici)]

... Jules Mougin n'a jamais été un "prostitué" !


Premier intermède passablement anachronique et très brièvement dialogué :

Han Ryner : « Le cerveau est un second cœur. »

Jules Mougin : « On ne perd pas son temps en écoutant son cœur. »


Le général à la dérive
bois et matériaux divers
(Collection particulière)

On ne perd pas son temps en lisant Jules Mougin, en regardant ses dessins, ses peintures, ses sculptures. Et jusqu'à la fin du mois, une bien belle occasion de ne pas perdre son temps : c'est à Pouancé.

Pouancé, commune du Maine-et-Loire. Au lieu d'appeler la bibliothèque du nom d'un président aux incisives mal rognées, quelqu'un a eu la bonne idée, lorsqu'elle fut créée, de lui donner le nom de Jules Mougin.

C'était il y dix ans. Parmi d'autres festivités marquant cet anniversaire, une exposition est consacrée à Mougin. Tous les détails pratiques sont .

Comme il s'agit de Mougin, et que notre ami Daniel Lérault n'a pas peu participé à l'organisation de cet événement, je ne saurais trop vous inciter, si vous êtes dans les parages au cours des deux semaines qui viennent, à faire un petit détour par Pouancé.

Même si vous ne vous déplacez jamais sans votre rombière, ou si vous-même en êtes une :

Je voudrais que mon livre donne envie de danser à toutes les rombières de la terre. Voilà.

S'il vous est impossible de visiter l'expo, lisez au moins les billets consacrés à Mougin sur l'excellent blog (malheureusement clos) In girum imus nocte et consumimur igni. Une bonne partie des citations de Mougin utilisées ici, je les ai trouvées là-bas.

Enfin, une plaquette présentant Mougin et l'exposition de Pouancé est disponible pour 4€ franco de port, ainsi qu'une jolie carte postale mouginesque (1 €). S'adresser à Daniel Lérault (2 impasse des Hérons cendrés, 49420 Pouancé — daniel.lerault chez wanadoo.fr).


Second intermède passablement anachronique et très brièvement dialogué :

Napoléon Ier : « J'ai cinquante mille hommes et moi, cela fait cent cinquante mille hommes. »

Jules Mougin : « C'est parce que tu es cocu, lui répondit une vache. »


(Poème calligraphié extrait de Magma)
[...]
J’aime les yeux du crapaud
Je n’aime pas le regard du bourreau
Je n’aime pas Napoléon
Je n’aime pas Monsieur Thiers
J’aime Louise Michel
Je n’aime pas les colonisateurs
Je n’aime pas les menteurs
Je n’aime pas les ruines
[...]

(C'était encore Mougin.)

L'ami Lérault, qui assurément aime Mougin, et comme lui est pacifiste, n'aime pas beaucoup Napoléon. Mais s'intéresser n'est pas aimer, et Daniel eut l'occasion de s'intéresser à l'histoire napoléonienne.

En revanche, c'est certain, Daniel est un amoureux des livres, et aussi des vieux papiers. Il lui arriva un beau jour une aventure qui est le rêve de tout enfant, les petits et ceux parmi les grands qui n'ont pas tué l'enfant qui est en eux : il trouva une malle aux trésors !

Point de pièces d'or, ni de joyaux, ni de pierres précieuses, mais des manuscrits, carnets, feuillets, cartes et autres documents. Parmi tous ces papiers, un carnet contenant le canevas d'une histoire de Waterloo. Ce manuscrit avait été rédigé par le colonel baron Eugène Stoffel, célèbre pour ses Rapports militaires écrits de Berlin entre 1866 et 1870, alors qu'il était attaché militaire à l'ambassade, rapports qui prophétisaient la défaite et lui attirèrent pas mal d'ennui. L'histoire de Waterloo projeté par Stoffel fut écrite mais la trace du manuscrit définitif s'en perdit après 1907. D'où l'importance des documents contenus dans la fameuse malle.

Le colonel Eugène Stoffel était le fils du colonel Augustin Stoffel, et le neveu de Christophe Stoffel, colonel lui encore... Ces deux derniers colonels, nés suisses à Madrid, profiteront de la campagne d'Espagne pour déserter leur régiment suisse-espagnol et rejoindre l'armée impériale. Après la Restauration, ils seront des Cent-Jours, jusqu'à la défaite de Waterloo. Augustin tint un journal lors de cette campagne de 1815. Et ce journal était lui aussi présent dans la malle !

Au départ, Daniel comptait seulement publier et commenter le journal d'Augustin Stoffel. Mais Christophe est aussi un personnage intéressant puisqu'il fut l'un des tout premiers commandant de la Légion étrangère ! Ainsi, au fur et à mesure de ses recherches, l'ami Lérault s'est pris au jeu et a élargi son étude jusqu'à englober toute la carrière des deux premiers colonels, carrière qu'il retrace dans un livre récemment paru : De Waterloo à la Légion étrangère. Le singulier destin des colonels Stoffel. (autoédité, mais diffusé par la librairie Teissèdre-Clavreuil). 350 pages assez denses, contenant, outre l'étude sur les Stoffel, la transcription du Journal de la malle et celle du Livre de correspondance du régiment que commandait Augustin (conservé dans les archives de l'armée), ainsi que divers documents et une iconographie non négligeable. Le dernier chapitre est consacré à Eugène.

Je ne connais pas grand'chose à l'histoire napoléonnienne. Comme Mougin, je n'aime pas Napoléon — tout juste puis-je lui concéder la pitié, compagne adoucie du mépris, pitié que l'on doit, comme ultime reconnaissance de leur humanité malgré tout, aux pires criminels (pitié que l'on doit par conséquent à tous les chefs d'état, baffreurs de fric et autres grands de ce monde — aux autres, à tous les petits, à tous les volés, à tous les violés, à tous les parqués, à tous les usurpés, on ne doit pas la pitié, on doit le respect et l'entraide). Les Stoffel ne me sont donc guère sympathiques. Le bouquin de Daniel m'a cependant intéressé, mais, je l'avoue, surtout dans ses marges. Je vais en donner trois exemples parmi d'autres.

D'abord Daniel introduit chacun de ses chapitres par des citations gratinées de Bonaparte, citations que l'on peut immanquablement retourner contre lui :

J'ai créé la Légion d'honneur... C'est avec des hochets que l'on mène les hommes.

La guerre n'offre rien désormais de pire que la paix.

Il faut sauver les peuples malgré eux.

... notamment. Et aussi cet aveu :

L'empire de la loi s'arrête où commense l'empire de la conscience.

Et là, je ne peux qu'être d'accord avec le criminel.

Il y a aussi des passages intéressants sur l'invasion de l'Espagne où l'on se rend compte à quel point les valeureux soldats de l'époque se comportaient en mercenaires, désertant sans façon pour passer d'une armée à l'autre. Très loin de l'honneur et de la loyauté célébrés ordinairement comme vertus militaires...

Enfin, Daniel retranscrit un curieux — curieux pour notre époque — petit manuscrit d'Augustin Stoffel, liste intituléel : Chevaux que j'ai eu, où se révèle toute l'ambiguité de la relation qu'un militaire du début du XIXe siècle pouvait avoir avec ce qui constituait son véhicule personnel, et qui à la fois était un être vivant.

Vous pouvez vous procurer ce livre (et je vous le conseille bien évidemment) auprès de son auteur en lui écrivant à l'adresse indiquée plus haut.


Jules Mougin n'aime pas Napoléon, c'est dit. En revanche :

Et la pâquerette ce matin-là dit à jacinthe sa voisine :
Je n'ai qu'une fleur mais Mougin m'aime.


(Poème calligraphié extrait de Magma)

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